La notion de droit libéral semble paradoxale: le droit est
l'ensemble
des obligations et des interdits contraignants auquels sont soumis les
comportements des individus dans leurs relations mutuelles et les
rapports
qu'ils entretiennent avec la puissance publique; la loi s'impose sous
la
menace de sanction, elle semble donc s'opposer à la
liberté
d'agir des individus ; pourtant le droit, qui se dit
libéral,
s'affirme au service des droits de l'homme, c'est à dire des
libertés
fondamentales et l'état de droit se veut le garant de ces
mêmes
droits mettant sa force à leur service; Comment traiter, sinon
résoudre,
un tel paradoxe?
Ce paradoxe est pour partie est liée à la double fonction
du droit libéral: assurer l’ordre public et garantir les
libertés
individuelles, ce qui ne va pas de soi ; et pour d’autres parties
ressort
de l’ambiguïté de son fondement (naturel, culturel ou
rationnel
?) et des conflits qui naissent entre les valeurs à
prétention
universelles dont il se réclament (liberté,
égalité
fraternité). Examinons donc ces trois niveaux.
1)Les fonctions du droit libéral :
Le droit, dit libéral, définit les règles de la vie ensemble (code et lois ) selon deux directions dont la compatibilité est problématique :
1-1 D’un côté il s’agit de préserver l’ordre social nécessairement inégalitaire du fait des fortunes et des fonctions inégales de pouvoirs, d’autorité et de responsabilités qu’impliquent la coordination et la cohérence des actions et des échanges, en vue de maintenir la cohésion de l’ensemble et d’éviter la violence et le désordre, voire la guerre civile, qu’entraîneraient la contestation et la subversion des inégalités sociales et politiques existantes : les riches et les puissants considèrent qu’ils méritent nécessairement leurs avantages et cherchent par tous les moyens à convaincre les autres de leur supériorité légitime jusqu’à l’imposer par la force et la terreur lorsqu’ils se sentent menacés dans leurs privilèges.
1-2 D’un autre coté cet ordre inégalitaire ne
peut
être reconnu comme légitime et juste, en l’absence d’un
fondement
transcendant et/ou naturel indiscutable des inégalités,
fondement
que la pensée occidentale à radicalement
récusé
d’une manière irréversible en renonçant à
tout
fondement naturel et religieux de l’ordre social existant, que sur fond
du respect des libertés égales et garanties des individus
(droits de l’homme et du citoyen).
Cette contradiction qui consiste à instaurer une
égalité
inégalitaire stable et légitime (« tous les hommes
sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres ») est
traitée, sinon résolue (car cette contradiction est,
à
mon avis, insoluble, les abus de pouvoir et autres manipulations
dominatrices
par qui en détient les moyens de forces et de persuasion, voire
de chantage, sont toujours possibles pour qui désire et peut en
profiter) de deux manières :
1-3 L’une ressort du droit politique : c’est l’institution de la fiction démocratique qui consiste à faire dépendre les fonctions de pouvoir inégales des dirigeants de l’approbation et/ou plutôt du pouvoir de désapprobation des dirigés
1-4 L’autre ressort du droit privé ; c’est le reconnaissance de l’égal droit à la propriété privée de ses biens matériels et intellectuels, de son travail, de son image etc.. En vue de favoriser un l’échange contractuel, présenté comme volontaire, généralisé de biens et de services en vue de la satisfaction des intérêts mutuels (marchandisation généralisée des échanges)
Or nous savons bien que cette égalité théorique fondamentale est génératrice d’une inégalité réelle : celle qui assure, via le droit de propriété des biens de production et d’échange, la domination et l’exploitation des pauvres par les riches, du travail par le capital et celle qui permet d’associer, via la démocratie, les opprimés au choix de leur oppresseurs (Lénine), sans qu’ils puissent renverser l’oppression qu’ils subissent dès lors que l’homme politique, quelque soit sa tendance, est soumis aux dictats de ceux qui détiennent le capital (on parle aujourd’hui de loi du marché) ; il ne peut en effet transgresser les intérêts généraux du capital sans mettre en cause la loi de propriété capitaliste et sans provoquer un effondrement immédiat de la production et des échanges ; ce risque est aggravé par le processus de la mondialisation des échanges qui permet au capital d’échapper à toute mesure locale « démocratique »
Cette contradiction du droit libéral, ne peut être
supportée
par ceux qui en sont victimes qu’autant que la course pour les
richesses
et aux fonctions de pouvoirs restent l’enjeu d’une compétition
qui
se présente comme égalitaire : c’est l’invention de la
fiction
de « l’égalité des chances », qui
supposerait,
pour qu’elle devienne réalité, que l’héritage
économique
et culturel soit supprimé ou pour le moins sérieusement
réduit
et/ou corrigé (impôts sur les droits de succession,
école
publique gratuite et droits aux soins gratuits). Mais, comme cela est
impossible
pour la raison que je viens de dire plus haut, ), une certaine «
sécurité sociale » et l’accès à la
consommation
et aux divertissements (le pain et le cirque) est alors
substituée
à cette égalité des chances fictive, mais que l’on
ne peut pourtant pas totalement écarter du débat
politique
gauche/droite qui nourrit la vie démocratique, dès lors
que
l’acceptabilité des inégalités économiques
et politiques et donc la stabilité relative de la
société
dite libérale en dépend entièrement (voir la
question
scolaire, des examens et des concours). Mais que ces « diversions
» viennent à faire défaut par l’effet d’une
mutation
du capitalisme et c’est la stabilité du capitalisme, du droit de
la, propriété et la démocratie qui entrent en
crise,
sans forcément que des alternatives socio-politiques
démocratiques
et pacifiques soient possibles et c’est la situation que l’on vit
aujourd’hui,
en l’absence de toute perspective révolutionnaire
crédible
(souhaitable et possible). D’autant que cette contradiction des
fonctions
se double de contradictions quant aux fondements et aux principes du
droit
libéral..
La suite bientôt
2) La question du fondement du droit libéral
Or cette difficulté, déjà problématique par elle-même, à concilier les deux exigences du droit libérale opposées se double de celle de fonder toute tentative de conciliation sur la position précisément libérale qui définit les droits de l’homme/individu et les libertés individuelles extérieures appelés droit subjectif , qu’il pose en dehors de toute conception intérieure et métaphysique de la liberté, comme les fondements du droit objectif (ordre public) (article 1 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen). Ainsi ce trouve renversé l’ordre du droit traditionnel qui fonde les droits et les devoirs subjectifs souvent inégalitaires (ex ; hommes/femmes) sur des motifs d’ordre public exigeant la différentiation inégalitaire strictes des statuts, des droits et des devoirs. Dans la logique libérale, sinon dans la réalité, les droits subjectifs doivent primer sur les droits objectifs : l’ordre social, même nécessairement inégalitaire dans les faits qu’il s’agit de stabiliser, prétend, pour être considérer comme universellement juste, servir et garantir les droits subjectifs égalitaires sur fond de règles établies et révisables par l’ensemble des individus-citoyens dans le cadre du vote démocratique dont le règle est un homme égale une voix dans le cadre d’une décision réputée solitaire dans les conditions du libre débat démocratique (isoloir qui définit l’espace préservé de la décision du citoyen en son âme et conscience) Mais sur quel fondement assurer la légitimité de cette prééminence des droits subjectifs ?
Il est clair que le droit libéral ne peut se
reconnaître
aucun fondement religieux qui établirait la liberté comme
droit fondamental de l’individu, au contraire du droit traditionnel qui
l’exige pour être assuré et accepté, et cela pour
deux
raisons:
- La religion se réfère toujours à l’ordre
du sacré transcendant et/ou d’une puissance supérieure
aux
individus qui doivent s’y soumettre pour leur salut individuel et
collectif.
Ce qui est contradictoire avec l’idée de liberté
individuelle
(de penser et d’agir) : les droit de Dieu entrent en conflit logique
avec
les droits de l’homme-individu à s’affirmer dans son autonomie ;
la théocratie apparaît, dans ces conditions, contraire
à
la démocratie
- Les sociétés modernes sont pluralistes, c’est
à dire qu’aucune religion particulière ne peut s’imposer
comme référence indiscutable à la
définition
des normes communes, d’autant que l’athéisme de fait
s’étend,
sous l’influence de la logique marchande, de l’esprit critique
scientifique
et technique et de l’individualisme démocratique qu’ils
génèrent
(le souci d’efficacité l’emporte sur les convictions dans les
pratiques
sinon dans les discours): la loi de Dieu ne peut plus servir de
fondement
à la loi humaine car encore faudrait-il une seule loi et une
seule
religion pour l’administrer et la faire respecter ; laquelle
unité
est devenu impossible à assurer. (principe de la
laïcité
et de la séparation des églises et de l’état).
2-1 De la rupture entre droit traditionnel
et droit libéral
Mais cette séparation du politique et du religieux , de la loi
divine et de la loi humaine, a-telle elle même était
rendue
possible par la nature de la religion chrétienne comme beaucoup
le pensent? Celle-ci, en effet, semble faire de la liberté
humaine
une faculté radicalement distinctive de l’homme dans son rapport
à Dieu, à ses lois et à la nature ; d’autre part,
pour des raisons historiques et théologiques une certaine
séparation
(toujours problématique) entre pouvoir temporel et pouvoir
spirituel
s’est imposée ; Saint-Augustin n’a-t-il pas contribué
à
distinguer clairement la cité terrestre et la cité
céleste,
les actes des hommes et la volonté divine afin d’éviter
de
rendre Dieu responsable des turpitudes humaines et rendre possible
(pensable)
le salut de l’humanité par delà la corruption et du
péché
de la vie ici-bas ?
Cette thèse est tentante, mais elle ne concerne que l’origine
idéologico-politique du droit libéral et non son
fondement
; c’est à dire sa justification en raison, valant pour tous les
hommes, croyants ou non, par delà ses déterminations
et/ou
motifs religieux particuliers. De plus on pourrait renverser la
perspective
en disant que le christianisme n’a fait que reprendre une exigence de
liberté
à son compte, en lui donnant une forme religieuse. Rien ne dit
que
ce ne sont pas les hommes qui ont créé Dieu
à
leur image et selon leurs aspirations humaines historiques et/ou
universelles.
2-2 Du fondement du droit libéral
Reste donc à justifier et à fonder le droit
libéral
sur la nature de l’homme lui-même, indépendamment de toute
considération théologique, que l’on va déclarer
libre
pas sa capacité à s’autodéterminer dans les fins
et
les moyens de ses actions, en tant qu’être raisonnable (Kant), ce
qui le distingue radicalement des animaux, déterminé, en
l’absence de tout choix, pas la nature de ses instincts (une loi
étrangère
dira Kant). Cette liberté est plus que l’intelligence
conceptuelle
et langagière la qualité distinctive des humains
affirmera
Rousseau ; car l’intelligence permet d’expliquer et de comprendre les
choses
mais pas de choisir entre des alternatives bonnes ou mauvaises d’autant
et que l’on peut toujours choisir le mal en voyant le bien pour choisir
comme un plus grand bien, l’affirmation de notre liberté en
choisissant
le mal (Descartes). Nul ne peut nier, croyant ou non, que l’homme est
plus
ou moins conscient (et/ou qu’il peut le devenir) de lui-même
comme
sujet de ses pensées et des actes qui en découlent et
qu’à
ce titre il est né libre en tant qu’il est capable de se
déterminer
lui-même selon des valeurs entre lesquelles il peut consciemment
choisir. Il suffit donc d’étendre à l’humanité
tout
entière (et cette extension universelle sur un tel fondement est
nécessaire ) cette capacité de choix pour refuser un
droit
qui soumettrait les hommes à des lois extérieures,
naturelles
ou divines et qui plus est, distinguerait entre eux des degrés
statutaires
dans le liberté et les droits qu’elle implique par l’effet d’une
volonté extérieure et/ou d’une loi naturelle quelconque.
Les hommes ont une seule et même nature fondamentale et chacun
est
libre de décider de sa vie sociale et personnelle selon des
règles
qui doivent valoir pour tous, exit donc les ordres, les races, et la
différence
sexuelle comme principe de hiérarchisation stable et ayant
valeur
de droit des humains. Les droits subjectifs (droits de
l’homme-individu)
sont au fondement du droit objectif et cela d’une manière
incontestable
si l’on admet que tous les hommes sont égaux en liberté.
La démocratie législative en découle : seuls les
individus
doivent décider des règles de vie ensemble et des droits
objectifs visant à maintenir la cohésion sociale et
l’inégalité
des fonctions et des responsabilités « utile » au
maintien
de l’ensemble fondamentalement égalitaire , sinon à
l’unanimité,
du moins à la majorité, dans la limite que cette
majorité
ne prétende pas déchoir ceux qui appartiennent à
la
minorité des droits humains individuels et politiques
généraux
qui définissent les axiomes mêmes de la démocratie
en introduisant, par là, la domination et
l’inégalité
formelle entre les individus.
2-3 De l’universalité du droit
libéral.
Est-ce à dire que cette rupture entre droit traditionnel et
droit libéral, du point de vue du fondement du droit (à
ne
pas confondre avec l’origine) ne relève d’aucune condition
culturelle
particulière et qu’elle s’impose d’emblée et
d’elle-même
comme valant universellement y compris dans et en dépit des
cultures
qui trouvent leur équilibre dans l’autorité de traditions
hiérarchiques ? Deux réponses sont possibles : la
première
est d’affirmer que les droits de l’homme doivent s’imposer partout et
transformer
toutes les cultures dans le sens même de l’évolution de la
culture occidentale vers le libéralisme individualiste (ou
individualisme
libéral). Exit donc le respect des cultures traditionnelles : le
respect des individus et de leur droits fondamentaux et égaux
prime
dans tous les cas. La culture juridique libérale occidentale a
raison
: elle est la seule universelle en droit et donc doit le devenir dans
en
fait ; cette conception est à la base de la déclaration
des
droits de l’homme adoptée à l’ONU en 1948 et elle
autorise
l’ingérence internationale pour faire respecter les droits de
l’homme
partout dans le monde contre la souveraineté des états et
la prétendue légitimité des cultures qui les
violeraient.
Mais d’autres feront remarquer que cette position revient à
considérer que les individus, dans les sociétés
traditionnelles,
sont déjà individualistes et revendiquent des droits
personnels
contre la conscience qu’ils ont de leur attachement aux traditions. Ce
qui est pour le poins contradictoire ! Peut-on libérer les
hommes
contre leur volonté et faire comme si la destruction des
cultures
traditionnelles qu’implique l’affirmation de l’universalité en
droit
et en fait de la culture occidentale ne mettraient pas en danger les
équilibres
et les règles de vie ensemble qui font la paix civile dans les
sociétés
traditionnelles et cela ne risque-t-il pas de
généré
une violence sans limites,;, la liberté sans règles
transmises
lentement par l’éducation ne met-elle pas en danger la vie des
individus
et les conditions même de leur sociabilité ?
Or, nous savons que la mondialisation des échanges marchands, de toute manière, remet en question irrésistiblement (sauf résistance terroriste et sanglante désespérée) les liens traditionnels et met la recherche du profit et donc la vision de l’individualisme libéral intéressé et rationnel, au cœur des relations de production et d’échanges, d’autant plus que les modes de vie occidentales se diffusent partout dans le monde par les moyens modernes de télécommunications (y compris Internet). Les frontières tombent ou s’effritent (et les occidentaux le savent bien qui tentent, sans grand succès, de fermer leur frontières aux individus venant des pays pauvres, alors même que les plus riches investissent sans restriction partout où cela peut leur permettre de faire du profit et où les touristes des classes moyennes des pays occidentaux se promènent partout). Dans ces conditions, préserver les cultures traditionnelles dans leurs fondements moraux, religieux et hiérarchiques est impossible sauf à mettre les survivants de ces cultures dans des réserves artificielles transformés dans les parcs d’attraction pour touristes que l’on voit fleurir dans tous les pays non-occidentaux. Deux dernières raisons s’y ajoutent qui nous imposent de considérer que nous ne pouvons plus vouloir vivre dans des lieus séparés : les armes d’autodestruction universelle circulent partout dans le monde et sont à la portée de n’importe quel état ou groupe et la menace écologique concerne l’humanité toute entière !
Mais, si toute séparation des cultures est ni possible, ni
souhaitable,
comment alors traiter cette contradiction entre l’universalité
théorique
et pratique du modèle démocratique et libéral,
mais
construit dans un cadre déterminé, et fonctionnant au
profit
des pays les plus riches et le respect des spécificités
culturelles
que de nombreux humains revendiquent au nom de leur liberté
individuelle
et collective ? Et plus profondément, de quel droit, le droit
libéral,
qui est une construction culturelle historique
déterminée,
peut-il prétendre s’imposer comme naturel ?
La nature à bon dos, en effet, toute culture a toujours
prétendu,
être la plus, voire la seule, naturelle et la culture occidentale
n’y fait pas exception. Or si ce n’est pas la nature de l’homme qui
fonde
l’universalité du droit libéral, dès lors que
l’individualisme
de principe qui la soutend est lui-même un effet de la culture
occidentale
et de l’évolution historique qui l’a produite, comment justifier
l’universalité du droit libéral ?
La seule réponse possible est qu’elle ne se justifie que par
l’histoire de l’humanité et des luttes contre l’oppression et
pour
leurs libertés que les humains ont développées.
C’est
dire que c’est le développement du monde irréversible
contemporain
qui nous interdit de penser que la séparation culturelle en sous
groupes clos sur eux-même de l’humanité soit encore
possible
sans violence; sauf à accepter des régimes
extrémistes
du genre de celui des talibans en Afghanistan, les hommes sont
aujourd’hui
en passe et de se cohabiter, de se mélanger et
d’échanger,
donc d’évoluer ensemble et la seule conception viable du droit
dans
ces conditions, c’est la conception libérale qui autorise chacun
à vivre là où bon lui semble avec qui il veut, et
de participer à titre de citoyens de plein droit à la
définition
des règles de la vie. Mais cette universalisation du droit
libéral
est toujours l’effet des luttes de libération des hommes afin
d’accéder
également aux richesses mondiales, à la médecine
moderne
(pensons au SIDA en Afrique), à l’égalité entre
les
femmes et les hommes (pensons à l’excision) ; il n’est donc pas
question d’imposer ce modèle à des individus qui s’y
refuseraient
mais il convient d’aider tous ceux qui se battent contre l’oppression
et
les inégalités qu’ils subissent de la part pays
occidentaux
riches, contre l’esprit même du droit libéral (toujours la
même histoire de la lettre contre l’esprit !) mais aussi, de la
part
de ceux qui se réclament de leur traditions pour les maintenir
dans
la domination et l’inégalité des droits (pensons à
l’Afghanistan) ; ce n’est pas à l’occident de libérer et
de civiliser (en son sens) les autres populations, mais c’est de sa
responsabilité
d’aider les peuples à se libérer au nom du droit
libéral
dont il se réclame et à accéder au niveau de
développement
qu’ils souhaitent. Quant au danger d’extermination par l’usage des
armes
atomiques et/ou bio-chimiques, l’occident, sous l’autorité
d’instances
internationales habilitées et légitimes (il faudrait du
reste
revoir la composition du conseil de sécurité, en
l’état
illégitime, car non représentatif des populations du
monde)
doit pouvoir intervenir pour le réduire au nom de la survie
l’humanité
toute entière ainsi que pour venir en aide à des
populations
menacées de génocide. L’occident a des
responsabilité
particulière, au nom des hommes qui luttent contre l’oppression,
oppression dont il profite et qu’il exerce lui-même du fait de sa
force économique, idéologique et militaire, de par sa
puissance
même, afin de favoriser l’égalité des droits dont
il
se réclame. Car, comme l’histoire nous l’apprend, la force et
droit
sont indissociables dans l’évolution de l’humanité pour
le
meilleur et pour le pire. La force de l’occident doit donc être
mise
au service du droit de tous les hommes.
Mais toutes les contradictions du droit libéral sont-elles pour autant résolues; les valeurs mêmes dont il se réclament que sont celles de la liberté individuelle, de l’égalité et de la fraternité ne sont-elles pas en permanence en conflits?
3) Les conflits de valeurs du droit libéral.
La valeur fondamentale du droit libéral est la liberté
individuelle définie comme qualité de l’homme en
général
et non comme le simple statut du citoyen régi par les lois de la
société à laquelle il appartient. Cette vision de
la liberté distingue, voire oppose, comme l’affirme avec
justesse
B.Constant, la liberté des anciens grecs et celle des modernes :
la première signifie la participation des citoyens à la
vie
publique et ne prend sens que dans ce cadre : l’homme n’est libre qu’en
tant que citoyen ayant le droit et le devoir de participer à la
vie de la cité, de décider des lois communes en commun ;
mais tout citoyen exclu de sa cité et/ou étranger est
considéré
sinon comme esclave (et ce risque existait à Athènes
où
tout citoyen qui ne payait pas ses dettes ou ne remplissait pas ses
devoirs
pouvait être déchu de sa qualité de citoyen libre
et
devenir, par exemple, l’esclave de son créancier), du moins
comme
n’ayant pas de liberté garantie et reconnue ; sa liberté
reste relève du domaine privé, elle n’implique aucune
protection
publique garantie. Par contre la liberté des modernes, au
fondement
du droit libéral, est posée comme un préalable au
statut du citoyen et surtout n’implique pas la participation à
la
vie politique dans un cadre et selon des obligations
déterminées
: elle est considérée comme « naturelle » et
donc socialement inconditionnelle. Un individu se sent d’autant plus
libre
qu’il peut vaquer à ses occupations en vue de poursuivre son
droit
personnel au bonheur ( cf déclaration des droits de l’homme
américaine
et l’affirmation de Saint-Just : « Le bonheur est une idée
neuve en Europe ! ») et qu’il est protégé des abus
de pouvoir de l’état et de la collectivité ; d’où
le fameux principe de la dite « séparation des pouvoirs
»
par lequel le pouvoir judiciaire doit pouvoir « arrêter
»
(Montesquieu) le pouvoir exécutif dès lors que celui-ci
prétend
violer les droits fondamentaux de l’homme-individu. Cela est tellement
vrai que le droit libéral autorise tout individu adulte à
fuguer et à rompre tout lien et contact avec la
société
et même la famille auxquelles il appartient, pour ne pas parler
de
sa religion (voir, par contraste, la position de l’islam à ce
sujet).
Même Rousseau fait de la liberté naturelle un
préalable
à la liberté civile et considère que celle-ci,
sous
l’autorité de la volonté générale (elle
même
expression des volontés particulières en ce qu’elles ont
de commun après avoir retranché les positions trop
divergences
qui s’annulent nécessairement par l’effet de la procédure
du vote) et de la souveraineté du peuple, doit permettre
d’établir
en droit la liberté naturelle dans des limites telles que chacun
retrouve une certaine « indépendance naturelle » (ou
« droits naturels » illimités antérieurs au
contrat)
qu’il a volontairement aliéné au moment du contrat) qui
soit
compatible avec celle des autres dès lors que la
propriété
privée du sol, des moyens de travail ainsi que de son
résultat
est garantie par la loi commune, expression de la volonté
générale,
dans l’égalité des droits et celle, plus relative, des
fortunes
et de telle sorte que chacun puisse vivre de son travail en le
consommant
ou en l’échangeant et que nul ne puisse profiter à son
profit
exclusif et s’enrichir en exploitant le travail des autres. Cette
conception
de la liberté est contradictoire avec le maintien des liens et
des
attachements, voire des allégeances traditionnelles
inégalitaires
prescrits et impératifs et les mœurs qu’ils régulent a
priori
(ex : l’inégalité statutaire et traditionnellement
considérée
comme naturelle entre les hommes et les femmes, les nobles, les purs,
et
les autres, etc..).
Cette conception moderne de la liberté, qui privilégie
le droit subjectif par rapport au droit objectif et qui n’assigne comme
limite à la liberté de chacun que le respect de la
même
liberté chez autrui, entraîne plusieurs
conséquences
:
3-1- Le droit libéral opère une distinction nette entre la vie privée et intime qui, hors le cas de violence, est totalement libre et doit être protégée du regard des autres et de toute publication (droit à l’image) et la vie publique soumise à des règles , des contrôles et des sanctions ; mais, même dans ce cadre, le droit libéral déclare que tout ce qui n’est pas explicitement interdit est autorisé ; au contraire du droit traditionnel qui fonctionne selon le principe que tout ce qui n’est pas autorisé (par Dieu, ou par la tradition) est interdit.
3-2 La vie privée et la recherche de l’intérêt personnel prime sur les solidarités traditionnelles impératives
3-3 L’économie et les échanges se privatisent et deviennent entièrement marchands, via la propriété illimitée des moyens de production et d’échange, (contrairement a l’égalitarisme de Rousseau qui voulait par là préserver la possibilité que puisse s’exprime un intérêt authentiquement général) , au nom de la liberté de s’enrichir et d’entreprendre par le travail et l’épargne placée et investie dans la propriété privée, devient le droit libéral central qui donne a chacun l’usage de ce dont il est propriétaire a son profit, y compris de le force de travail, devenue marchandise, d’autrui ce qui le transforme en vendeur de sa force de travail dont on lui reconnaît la propriété formelle. Là condition est qu’il accepte « librement » les conditions du contrat de travail contre rétribution salariale négociable en droit , sinon négociée en fait ; exit donc l’esclavage, le servage et la subordination a vie des domestiques . Est réalisé a sa manière le principe formel de Kant : Toujours respecter en même temps la personne d’autrui et soi-même comme fin de son action, et j ajoute : alors même qu on l’utilise comme moyen. Dans un rapport des forces réellement inégalitaire, l’exploitation de l’homme par l’homme est donc légitimée au nom de la liberté et de son expression majeure : la propriété à laquelle chacun aspire et qu’il possède déjà, dès lors qu’il est au moins propriétaire de son corps, de sa force de travail et, aujourd’hui, de plus en plus, de son image publique.
3-4 la régulation des échanges s’opèrent par la médiation du marché concurrentiel, sur lequel chaque acteur peut intervenir au mieux de ses intérêts, et s’il est bien informé et bien qualifié et que son offre répond à une demande, échanger à son profit. Et ainsi s’auto-réalise l’ajustement automatique des offres et des demandes et donc la mutualisation optimale des intérêts individuels, comme par l’effet « d’une main invisible », sans règle de morale extérieure, sinon les règles du commerce non-violent, du respect des termes des contrats et de la libre concurrence ; sans règle qui obligerait chacun se soucier de l’intérêt d’autrui plus que du sien et/ou de s’engager définitivement à la fidélité à une quelconque communauté
3-5 Les individus peuvent alors être socialement égoïstes et cultiver leur insociable-sociabilité (Kant) sans crainte de nuire trop aux autres et à eux-même (par effet de rétorsion). Cette intériorisation de la logique individualiste de l’échange marchand , en droit, sinon en fait, égalitaire, va investir tous les comportements, y compris privés, sous des formes qualitatives et selon des règles diverses, d’autant plus que la logique sociale marchande privatise toutes les relations humaines sur le mode du libre contrat réciproque révisable. Cette intériorisation de la logique marchande est d’une puissance irrésistible :, en l’absence de religion hégémonique autoritaire traditionnelle ; la grande majorité des hommes sont conditionnés jusque dans leur vie intime à se reconnaître comme libres de choisir avec qui, pourquoi et à quelles conditions ils veulent se lier aux autres et font de cette autonomie revendiquée (plus apparente que réelle) un indice objectif et subjectif de leur valeur personnelle dans la concurrence de tous les instants qui « anime » leur existence sociale. Le narcissisme relationnel dans l’échange s’affirme sans culpabilité sous la condition de prendre le narcissisme de l’autre (sa motivation propre), au delà de ses intérêts purement économiques, en considération.
Mais il est de fait que cette compétition pour la richesse, la considération, la séduction, le pouvoir, la renommée (un quart d’heure à la télé) la qualification, etc.. que l’on voit s’affirmer partout ne fait pas en bout de course que des gagnants : le jeu gagnant/perdant s’impose derrière le jeu donnant/donnant. Les déséquilibres que le système avait théoriquement pour conséquences soi-disant automatique (main invisible) d’éliminer sont reproduits, à l’échelon du monde, par le fonctionnement même du système qui en a besoin afin d’utiliser les inégalités existantes pour exploiter la force de travail et optimiser les profits: les plus puissants utilisant leurs moyens pour contraindre les moins chanceux à travailler à leur conditions afin d’accroître toujours plus leur puissance (voir plus haut dans la première partie). Cette contradiction entre la liberté contractuelle (apparente) selon l’idée fictive (formelle) de l’égalité des droits et l’inégalité réelle dans l’accès aux biens matériels et symboliques, dont la distinction tend à disparaître, tend alors à devenir explosive et l’exigence de liberté détournée par son interprétation capitaliste se dénonce elle-même comme nécessairement inégalitaire et injuste, cherchant à reproduire « la liberté du renard libre dans le poulailler libre » (Marx) en présentant l’exploitation de l’homme par l’homme et sa subordination à la loi du profit comme co-substantielle à l’autonomie de chacun. L’ effet en retour de cette mystification est le refus même du respect de l’exigence d’autonomie pour les autres, la révolte plus ou moins violente infra-politique et potentiellement criminelle et auto-destructrice, en l’absence de perspective et de désir de changer la logique marchande, des exclus de la consommation légale (qu’on pense à la drogue) et de la course à l’amour propre (qu’on pense à la passion des BMW des loubards et aux courses rodéo) . Le capitalisme est donc menacé par la destruction de toute solidarité sociale et le développement de ce que Durkheim appelait l’anomie sociale ou la désocialisation des individus livrés à eux-mêmes sans règles, ni références éthiques communes possibles, sinon une hypertrophie de l’égoïsme exclusif et, pour ceux qui sont les exclus du marché, du sens de l’honneur sans réciprocité, voir l’effacement de toute conception du droit et de la justice universelle.
3-6 L’égalité est donc au centre de la question du
droit
libéral et des paradoxes qu’il génère : d’une part
la liberté d’entreprendre et de rechercher son bonheur s’affirme
égale pour tous et d’autres part les moyens de l’exercer,
n’appartiennent
qu’à ceux qui disposent de capitaux et de revenus suffisants.
Les
inégalités réelles mettent en cause le fondement
même
du droit libéral : les écarts s’aggravent (voir plus
haut)
et l’égalité en droit et des chances ne sont plus que des
mots creux qui virent à la mystification ouverte. Cette
situation
explosive sur les quels les états n’ont de possibilité de
régulation que limitée du fait des effets la
mondialisation
qui échappent de plus en plus à leur pouvoir, mettent en
cause la démocratie elle-même qui seule peut encastrer le
fonctionnement du capitalisme et en corriger les conséquences
anomiques.
En effet l’idéal d’égalité est fondamental pour
légitimer
le capitalisme ; et du reste celui-ci a toujours prétendu que
les
inégalités qu’ils générait était le
résultat justifié du mérite de ceux qui mettaient
leur compétences , leur argent et leur intelligence
stratégique
au service des clients. Or l’expérience dément tous les
jours
cette prétention : rien ne justifie que les cadres dirigeants et
les actionnaires voient leur revenus augmenter à proportion des
réductions des coûts du travail et du nombre de
licenciements
massifs qu’ils diligentent. La compétition économique, la
course à la rentabilité et à la
productivité
favorise en permanence les détenteurs des capitaux aux
dépens
des salariés, hormis les plus qualifié dans les domaines
les plus dynamiques du point de la création de plus-value pour
les
investisseurs. Les gouvernants des états cherchent, avec de
moins
en moins de marge de manœuvre à éviter la
débâcle
politique et à sauver par la redistribution en faveur des plus
démunis
, via les impôts dont les détenteurs des capitaux exigent
une réduction massive les concernant, ce qui peut l’être
des
services publics fondés sur le principe de la répartition
(santé, retraites, enseignement etc..).
Le droit libéral, via l’état démocratique, en
effet, pour pouvoir maintenir la crédibilité
idéologique
du principe d’égalité des droits-libertés,
remis
en cause par le développement de l’économie
libérale
capitaliste , a inventé la notion de droits sociaux
(droits-créances)
au profit des plus faibles, afin qu’ils ne soient pas exclus de la
compétition
sociale ou victimes impuissantes de décisions économiques
qui les affectent dans leurs droits-libertés fondamentaux.
Certains
droits collectifs, qui ne sont plus des droits individuels identiques
pour
tous (droits des salariés, droit de grève, droit des
chômeurs,
droits des femmes etc..) ont été progressivement
intégrés,
sous l’effet des luttes sociales collectives (luttes de classes) pour
plus
de justice égalitaire, au fonctionnement du droit libéral
individualiste afin de compenser partiellement les effets des
inégalités
réelles qu’il génère par le biais du droit
fondamental
à la propriété des biens de production et
d’échange.
Certains secteurs liées aux conditions fondamentales de
reproduction
de la crédibilité des sociétés
égalitaires
en droit ont été partiellement soustraits à la
pure
la logique du marché (éducation, santé,
transports,
retraites, justice, police etc..) pour devenir des services publics
obéissant
à une logique théorique de l’égalité de
traitement
quelque soit la solvabilité des individus (exemple récent
: la couverture sociale universelle). Mais l’expérience montre
tous
les jours que cette régulation de la liberté
économique,
pour les détenteurs des capitaux, par les droits sociaux est
précaires
dans sa définition et son application ; les capitalistes,
exigent,
par un chantage à la compétitivité
économique
et à l’investissement exercé sur les décideurs
politiques,
quelque soit leur couleur et tendance politiques, un
démantèlement
des droits et des acquis sociaux obtenus par des luttes
antérieures.
Si donc l’égalité demeure une valeur fondamentale du droit libéral, c’est donc toujours sous le primat de la liberté individuelle et du droit de propriété qui sans cesse y fait obstacle et/ou la remet en cause. Le droit libéral, dans ses valeurs internes, est donc fondamentalement contradictoire :
3-7 D’une part, la liberté, prétendument universelle,
devient celle de quelques-uns d’exploiter et de dominer le plus grand
nombre
; c’est dire que l’égalité doit s’imposer contre la
logique
de libéralisme économique fondé sur la
propriétés
privée des moyens de production et d’échange.
Mais d’autre part, le libéralisme économique,
fondé
sur la recherche du profit dans un cadre concurrentiel et son
expression
marchande, est le système économique le plus efficace
pour
satisfaire les besoins et désirs individuels, à
évolution
rapide, et les choix des consommateurs, à quelques
catégories
sociales qu’ils appartiennent. En tout cas toutes les autres tentatives
ont fait la démonstration de leur échec aussi bien en
terme
de liberté que d’égalité, et on ne voit pas
d’autres
système de production et de distribution qui puissent le
remplacera
aux bénéfice de l’égalité dans la
liberté,
qui mettraient ces deux valeurs automatiquement en harmonie, comme le
prétendent
toutes les utopie politiques. L’espoir d’une révolution
socialiste,
voire communiste, s’effondre partout, non seulement par l’effet de la
puissance
des pays capitalistes, mais par le désir individualiste de
consommer
de ceux que cet espoir étaient censé conduire dans leur
désir
de justice sociale.
Ainsi, nous retrouvons toujours la même contradiction
indépassable,
qui est liée à la condition humaine, entre liberté
asociale et socialité (Kant). Et cette contradiction n’a peut
être
résolue en apparence, ou mieux n’a pu être historiquement
contenue, que par la terreur politique et/ou religieuse, au
dépens
des droits de l’homme ; mais, dès lors que les hommes ont
goûtés
aux libertés individuelles et se sont arrachés au poids
des
traditions, quelques soient leur histoires culturelle; ils n’y
renoncent
plus durablement et s’il y a une logique de l’histoire, elle est que
les
hommes ne désirent jamais, sauf quelques cas pathologiques (voir
les sectes) revenir au statut d’esclaves consentants, quelques soient
leurs
croyances religieuses originelles. Allons plus loin : les hommes
désirent
progressivement la liberté d’entreprendre et de penser comme la
condition fondamentale du droit au bonheur et ce mouvement est
irréversible.
3-8 Dira-on, comme certains idéalistes moraux, voire certains
révolutionnaires historiques, que le « fraternité
universelle
» serait la valeur réconciliatrice de la liberté et
de l’égalité et donc la valeur la plus fondamentale du
droit
libéral égalitaire ? En se sentant frère les
hommes
se respecteraient dans leur autonomie sans s’exploiter, car il ne le
désireraient
plus.
Mais posons-nous la question : À quelle condition une telle
valeur serait-elle possible ? Rousseau avec raison, avait
répondu
à cette question : à la condition que les hommes soient
réellement
égaux entre eux et non pas seulement fictivement. Qui pourrait,
en effet, se sentir frère de son exploiteur ? De deux chose
l’une
:
- Soit cette fraternité ne remettrait pas en question les
privilèges
des exploiteurs et des dominants ; mais alors elle renforcerait
l’inégalité,
au lieu de la réduire ; et c’est bien ce qui se passe dans
l’exercice
de la charité des riches pour les pauvres : elle entretient
l’inégalité
en la présentant comme (aussi) bonne aux pauvres.
- Soit elle remettrait en cause les inégalités aux
dépens
des intérêts de ceux qui se considèrent toujours
comme
légitimes propriétaires de leurs titres et comme
méritants
leurs avantages ; mis alors elle ne serait plus vécue comme
universelle
mais comme l’expression des intérêts des uns contre ceux
des
autres (la mauvaise jalousie des pauvres comme l’appellent les riches).
Dira-t-on qu’ils faut convaincre moralement les riches d’abandonner
leurs privilèges au profit de pauvres et les convertir,
eux
d’abord et en priorité, à la fraternité
universelle
à leurs dépens ? Mais pour cela il y faudrait un pouvoir
de persuasion extrême que seule une religion
hégémonique
sans
faille, se réclamant de Dieu et de la crainte du jugement de
Dieu,
peut mettre en oeuvre ; mais on a vu, dans le pire des cas, quels
usage les puissants ont fait de la religion à leur avantage (se
soumettre est un ordre de Dieu) et dans le meilleur, que les riches ont
abandonné une partie de leur fortune au profit de
l’église
pour gagner une place au paradis et ont pratiqué la
charité
sans abandonner leurs privilèges ; seuls une infinité
d’entre
eux ont tout abandonné ( au profit, d’ailleurs d’autres riches
et/
ou de la puissance économique et politique des églises)
sont
rentrés dans les ordres et se sont fait moines pauvres au
service
des pauvres ; mais toujours sans changer l’essentiel, sinon entre eux.
(et encore). de toute manière une telle conversion ne peut se
faire
qu’aux dépens des libertés et contre les désirs de
la très grandes majorités des riches. C’est dire que
cette
fraternité universelle,
- soit suppose le problème des inégalités
résolu
- soit prétend le résoudre contre les libertés
de penser et d’entreprendre et/ou par une révolution plus ou
moins
violentes, physiquement et/ou « moralement »
(idéologie
totalitaire).
Dans ces conditions, la justice (la réduction des inégalités) ne peut provenir que des luttes sociales, lesquelles supposent que les opprimés ne se sentent pas frères de ceux qui anti-fraternellement les traitent en inférieurs et qui, du reste, ne se font aucun scrupule de les dominer. Les seuls moments de fraternité entre riches et pauvres apparaissent dans les moment de guerre où les riches envoient les pauvres se faire tuer contre un ennemi commun, au nom de la solidarité « nationale » pour ne pas dire nationaliste, voire ethnique (voire l’orchestration de haine des boches en France à partir de 1870, jusqu’en 1945). Seule l’idée de solidarité sociale des opprimés et de tous eux qui souffrent des inégalités à un sens favorable à la justice.
La référence à l’idéal de fraternité universelle est donc un faux semblant du droit libéral, un leurre destiné à faire passer la pilule des inégalités bien réelles et à désamorcer les luttes sociales ; un dernier vestige d’un christianisme « charitable » en voie d’extinction politique pour faire place nette au froid calcul libéral des intérêts et à l’individualisme triomphant. Elle n’a du reste rien de contraignant, contrairement au droit de propriété : elle n’impose, et du reste si peu, que « l’assistance à personnes en danger », mais n’impose pas l’interdiction des licenciements qui mettent les salariés à la rue.
Si les contradictions du droit libéral sont à la fois fondamentales et indépassables ; sauf à en revenir à un droit non-libéral, dont la plupart des hommes, avec raison, ne veulent pas, cela veut-il dire qu’il faille laisser l’injustice se développer sans rien faire ?
4) Droit libéral et philosophie politique
4-1 Philosophie et politique.
Le philosophie du droit et de la politique est, depuis l’origine,
traversée par le débat entre la tendance qui voudrait
résoudre
les contradictions de l’existence humane en général et
celle
de la sociabilité en particulier dans le mise en oeuvre d’un
idéal
cohérent et unique de vie personnelle et collective harmonieuse
défini a priori comme seul rationnel (l’idée du Bien en
soi
chez Platon, idée de société communiste
universelle
réconciliée chez Marx) et celle qui cherche à
mettre
à jour les contradictions plus ou moins occultées par les
représentations idéologiques et moralisantes pour en
faire
un usage raisonnable en vue de l’autonomie des individus et du
développement
des conditions du bien-vivre ensemble ; bref du convenable comme juste
compromis, dans des conditions déterminées, entre qui est
souhaitable entre des exigences opposées et la
réalité
(La prudence chez Aristote et plus généralement la
pensée
démocratique et pragmatique). Il est clair que le droit
libéral
refuse la non-contradiction et le l’absence de conflit comme norme et
règle
à laquelle il faudrait impérativement soumettre
l’existence
personnelle et collective des hommes. Le droit libéral a pour
objectif
de mettre en œuvre des règles et des procédures telles
qu’elles
permettent aux contradictions et conflits de s’exprimer sans que
cela ne compromettent la paix civile au service du droit au bonheur des
individus et en vue de rendre possible des compromis entre des
intérêts
et désirs divergents, voire opposés, réalistes
et
acceptables par le plus grand nombre. Le droit libéral se veut
donc
plus raisonnable que logiquement rationnel. C’est dans cette
perspective
théorique que l’on peut définir les avantages du
droit
libéral et les conditions de son usage en vue de réduire
les injustice .
4-2 le droit libéral comme condition
de l’autonomie stratégique des individus.
Le droit libéral organise l’expression des tensions
fondamentales
des sociétés humaines contre lesquelles les
sociétés
traditionnelle tentaient de se prémunir ou qu’elles s’efforcer
de
réduire le plus possible pour pouvoir se reproduire à
l’identique,
sans jamais y parvenir parfaitement. La tension fondamentales dont
toutes
les autres découlent est celle qui découle de
l’insociable
sociabilité (Kant) qui met en permanence en jeu l’opposition
entre
la conscience de soi et son exigence d’autonomie dans le désir
de
chacun de s’affirmer, sinon contre les autres, au moins dans sa
différence
propre comme expression de son désir d’être et d’agir
singulier
et celle se s’identifier, y compris dans le jeu de son désir de
reconnaissance, au groupe auquel il appartient et de se soumettre
à
ses valeurs, ses conventions et règles de vie collectives qui
rendent
possible une coopération et un ordre hiérarchique
cohérents
et stables dont chacun peut penser tirer un avantage direct ou
indirect.
Or le droit libéral, justement met en tension ouverte les droits
subjectifs définis comme prioritaires (droits « naturels
»
de l’homme) et les droits objectifs (variables et
démocratiquement
révisables) visant à discipliner les actions
individuelles
afin d’éviter la violence et permettre une coopération
confiante
et durable entre les « sujets » du droit. Dans cette
tension
les exigences individuelles et collectives se déclinent et
peuvent
s’affirmer « pacifiquement », sous les formes suivantes
1 celle entre la liberté et la solidarité, laquelle est
de moins en moins un impératif transcendant prescrit par
la
tradition et la religion, mais est de plus en plus l’expression
volontaire
d’un choix personnel (mis à part le devoir d’assistance à
personne en danger) et est en permanence négociée et
contractualisée
dans ses conditions et ses objectifs. ( voir le statut légal des
associations à but non lucratifs, humanitaires, culturelles,
religieuses,
sportives, syndicales etc..).
2 celles entre l’autonomie des individus et les mœurs, lesquels ne
sont plus des normes de références allant de soi et
deviennent
contestable dès lors qu’ils s’opposent à l’affirmation du
droit à la différence dans un contexte libéral
(sexuelle,
esthétiques etc.. ; voir la question des homosexuels et du PACS)
3 celle entre désir singulier et efficacité ; laquelle
exige une mise en forme conventionnelle des désirs singuliers et
afin de les ordonner dans le sens de la mutualisation
expérimentée
des intérêts contradictoires, ce qui supposent
compétence
et hiérarchie des positions de responsabilité et de
pouvoir
; mais cette hiérarchie n’est légitime qu’à la
condition
de se présenter comme conforme aux intérêts mutuels
en question et les « décideurs » doivent donc
toujours
persuader les consciences, voire séduire (capter) les
désirs
de ceux sur lesquels s’exerce l’autorité. Leur « pouvoir
»
repose donc sur un contrat toujours provisoire. Pas de maîtres et
donc pas d’esclaves : des employeurs, des patrons (contestables), des
employés
ayant des droits, y compris celui de refuser par la grève de se
soumettre sans conditions à l’autorité de moins en moins
supérieure ; les subordonnés sont appelés des
«
collaborateurs et les chefs, des responsables, voire des
animateurs
de projets collectifs)». S’il y a une grande part d’illusion dans
cette remise à plat de la relation hiérarchique, cette
évolution
du langage traduit néanmoins l’exigence incontournable de
soumettre
la question du pouvoir à des normes démocratiques
libérales,
ce qui le rend toujours contestable.
4 celle entre les droits individuels (droits-libertés) et droits
sociaux collectifs (droits-créances), entre les droits formels
et
les droits réels ; Les droits réels et/ou créances
accordent, sous l’autorité de l’état démocratique
aux individus qui n’en ont pas les moyens par le seul jeu des relations
économiques entre individus, la possibilité d’exercer
leur
droits-libertés fondamentaux et tentent, pour que chacun puisse
bénéficier des relations mutuelles, d’établir une
certaine égalité dans le cadre d’un rapport des forces
trop
déséquilibré (ex : droit des salariés,
droits
des femmes , droits des handicapés, des homosexuels etc..).
5 celle entre souci de soi et l’image publique ; laquelle doit recevoir
(sauf fonction publique, justement), l’accord du «sujet»
pour
être diffusée et le rôle professionnel et public qui
doit rester partiellement « extérieur » à
l’individu
privé. Et plus généralement la vie privée
et
la vie publique et professionnelle. Cette tension et la subordination
de
la vie publique à la vie privée est justement la marque
décisive
du droit libéral anti-totalitaire. Cette distance et cette
hiérarchie
des valeurs est ainsi au cœur (chœurs) de l’idée
libérale.
6 celle entre droits et devoirs, lesquels ne sont que la
réciproques
des droits qui restent prioritaires : les devoirs de chacun ne
sont
que le respect des mêmes droits chez les autres et/ou des droits
de supérieurs qu’il ont sur lui dès lors qu’il les
leur a librement conférer dans son intérêt (contrat
interindividuel et/ou politique et social)
7 celle entre droits de l’homme et droits du citoyen; lesquels
n’accordent
la plus souvent les droits politiques, dans un espace juridique
donné,
qu’aux « nationaux » et transforment les étrangers
résidants
en citoyens passifs au mépris des règles de la
démocratie.
8 celle entre les droits nationaux et droits internationaux lesquels,
dans l’interdépendance des états de moins en moins
souverains
et parfois au nom des droits de l’homme tentent de s’imposer.
9 celle entre le droit contractuel et droit réglementaire,
lequel
doit définir les conditions générales (lois et
décrets)
des contrats entre les individus pour valoir dans un cadre compatible
avec
les fondements du droit (exemple la non-commercialisation des hommes et
de leur corps, en tout ou en partie) et la mutualisation des
intérêts
légitimes réciproques.
Toutes ces tensions (et j’en oublie probablement), dans lesquelles se manifeste l’insociable-sociabilité humaine, sont l’objet d’un débat démocratique permanent qui évolue selon les contexte culturels et sociaux (voire symboliques) et historiques spécifiques ; ce qui interdit de penser et de croire à la possibilité d’un modèle idéal de conciliation harmonieuse stable. C’est du reste l’immense avantage du droit libéral : il permet à chacun de décider lui-même de sa stratégie personnelle et de ses choix politiques, dans la mesure où la liberté suppose la contradiction et le conflit entre des possibles qui ne sont jamais totalement « compossibles » (Leibnitz) et il rend possible par là l’évolution adaptative des normes de comportement, voire des mœurs et conventions symboliques tacites, dans un sens de plus en plus libéral-libertaire.
Le libéralisme est en train de gagner la guerre
idéologique
contre toutes les formes antérieures autoritaires-disciplinaires
de sociabilité ; car il est le plus flexible, le plus efficace
des
systèmes philosophiques ; il inscrit le pragmatisme
démocratique
au cœur de ses procédures de régulation en permettant que
soit redéfini en permanence le meilleur compromis possible entre
le souhaitable (le désirable par le plus grand nombre) et le
réalisable.
C’est pourquoi contester la position libérale revient à
vouloir,
non pas changer « la » société (ce qui est
possible
et souhaitable afin de le rendre moins inégalitaire), mais
changer
« de » société dans une révolution
totalitaire
qui ne pourrait être, en son sens littéral , qu’une
régression liberticide et, dans l’état de
développement
actuels des moyens de mort, autodestructrice. Le droit international
sera
libéral ou ne sera pas, et son absence laissera libre court
à
la violence apocalyptique sans aucune chance de salut pour quiconque.
Mais
c’est au bord du gouffre que naît le désir de devenir
sage...
Sylvain Reboul, le 17/07/2001
Du faux
libéralisme
Il est inexact d’affirmer que la pensée
libérale qu’il ne faut pas confondre avec la prétendue
idéologie
libérale repose sur un égoïsme exclusif des droits
et libertés des
autres. Dès son origine les penseurs libéraux mettent en
avant le
principe de base du droit libéral: "Ne fais pas à autrui
ce que tu ne
voudrais pas qu’il te fasse" ou la liberté des autres
s’arrête ou
commence celle des autres"
Certains du reste que l’on appelle les utilitaristes (Bentham) mette l’intérêt et les droits collectif avant les droits individuels, ce qui n’a pas manqué de faire débat chez les libéraux. Car il est exact de dire que, pour la plupart, les penseurs libéraux refusent par principe toute morale du sacrifice individuel ou de la générosité contrainte au nom de valeurs transcendantes dont l’origine ne pourrait être que religieuse et donc rejettent une morale qui supposerait que tous les individus partagent, sous le contrôle d’une autorité divine identique, la même vision éthique concrète du bien et de mal. De plus les libéraux ne font nul confiance à la générosité prétendument spontanée ou à l’amour altruiste prétendument tout aussi spontané entre les hommes et qu’il tentent de fonder la relation aux autres sur l’intérêt bien compris qui implique la prise en compte de l’intérêt et des droits d’autrui. C’est ce qu’A. Smith, après Hume, appelle l’intérêt bien compris régulé pas la loi ou les bonnes moeurs fondé sur la sympathie (capacité à comprendre en soi-même les intentions et intérêts des autres) ("Théorie des sentiments moraux", A.Smith).
Cette position apparaît la plus réaliste en cela qu’elle ne fonde pas la sociabilité sur le lien communautaire de l’amour collectif et identificatoire sacrificiel. Lequel ne peut être que de nature religieuse (ne serait-ce que ceztte religion civile qu’est le "nationalisme exclusif") en cela qu’il soumet les individus au groupe qui se reconnaît les mêmes valeurs transcendantes et sacrées (incontestables).
Le libéralisme apparaît donc comme indissociable de la démocratie pluraliste. Qui refuse ce libéralisme philosophique au nom de ce détournement liberticide et donc anti-libéral qu’est l’idéologie du néo -libéralisme économique risque fort de rejeter la liberté individuelle elle-même au profit d’une religion politique collectiviste ou communautariste.
L’amour altruiste sacrificiel des autres est une valeur privée et non pas sociale, ce qui est une valeur sociale du point de vue de la pensée libérale, c’est le justice fondée sur la sympathie (capacité de comprendre l’égoïsme des autres).
Tout
refus du libéralisme philosophique et politique est l’expression
d’un
morale communautaire tout aussi liberticide des droits individuels que
le faux libéralisme économique.
Le 10/03/07