L'illusion religieuse

Dieu et le mal
La religion et la mort
La foi, la religion et la politique
Démocratie, religion et philosophie
Religion et libération
Athéisme, religion et tolérance
Tolérance et fanatisme
Religion et apostasie  (nouveau)
L'illusion religieuse 
Dieu est folie pour la raison
Respect des religions et lutte contre le fanatisme.
Les droits de l'homme et les dix commandements
La religion fait-elle le bonheur?
Religions et puissance des rituels
De l'athéisme pratique
 

Religion et philosophie
Toute religion comporte toujours, à des degrés et selon des rapports hiérarchiques divers, 3 éléments :

 1)      Une foi dans le sacré, c’est à dire une croyance indubitable et incontestable en un monde surnaturel  supérieur réel (le divin) et en une vie plus satisfaisante que celle que nous vivons ici-bas et/ou à l’existence d’un  principe  disposant d’une puissance salvatrice sans limite auquel  nous devons obéir sans condition pour être définitivement sauvé de la mort de la souffrance et de l’humiliation. Si cette foi dans un absolu n’est pas canalisée par un pouvoir symbolique et ecclésial collectif fort, elle risque de produire la folie individuelle, à savoir le fusion à un Dieu qui ordonne la pire violence pour sauver les hommes malgré eux, quand ce n’est pas l’autodestruction salvatrice.

2)      Un  culte collectif qui ordonne la soumission au sacré selon des rituels codés réguliers et répétitifs afin d’inscrire dans les corps et les esprits la soumission aux ordres et aux symboles du divin administrés par une église puissante.

3)      Une église qui fixent les normes comportementales sous forme d’ interdits et d’obligations morales impératives en vue du salut de chacun et s’organise en machine de pouvoir idéologique collectif prétendant disposer d’une autorité transcendante (divine) absolue sur le monde donc nécessairement  politique, voire parfois militaire.

 Toute la question est de savoir si le point 1 suffit à définir ou non une religion.

Si oui alors on peut se passer de religion, mais cela semble réservé à qui  n’a nul besoin de consolation imaginaire pour le réconforter face aux malheurs car il ne se sent pas humainement impuissant sinon à le combattre, au moins pour l’assumer, quant aux autres leur religion n’a rien d’une religion collective car elle n’est qu’une fantasmagorie privée sans incidence sur la vie politique, ; mais par contre  elle reste dépourvue de repères collectifs suffisants pour les préserver de la folie individuelle. Si non alors se pose en effet la question de la laïcité et du rapport entre état et religion. Et celle là seule relève de la philosophie critique. Faut-il alors que tous les hommes deviennent plus philosophes, à savoir capables de penser par eux-mêmes d’une manière critique vis-à-vis de leur désir d’absolu pour s’en défendre justement et gagner en autonomie personnelle (sagesse)?

 A moins du supposer qu’il suffise de produire et de consommer des objets symboliques que l’économie nous présente et nous rend accessibles et d’accepter le monde tel qu’il est (amor fati) pour bien-vivre, c’est à dire de renoncer à tout désir éthique vis-à-vis des autres en lequel nous puissions avoir confiance, il n’est pas d’autre alternative possible qu’entre religion et philosophie critique pour mieux vivre.
Ainsi
si L'homme moderne adulte n'a pas de meilleure raison de croire en l'existence réelle de Dieu que l'enfant de plus de 7 ans en celle du Père Noèl -sauf à désirer rester un enfant toute sa vie- pour devenir plus autonome et plus actif, l'homme moderne doit, face à la mort et à la souffrance, renoncer, sinon à la foi personnelle en un Dieu poético-symbolique reconnue comme fiction rassurante et consolante, du moins aux consolations religieuses collectives préfabriquées illusoires dès lors qu'elles s'affirment comme des vérités sacrées, qui le mettent sous la domination d'une église. Ce que les philosophes des Lumières appelaient la "superstition" (voir Diderot, Voltaire et Condorcet).




Religion et métaphysique

Une religion est une croyance en un ou des principes premiers transcendants l'expérience, qui, pour ceux qui y croient, donnent sens à leur existence et au monde; une croyance religieuse repose sur la tradition et la foi subjective; elle s'exprime dans un langage métaphorique plus ou moins irrationnel et donne lieu à un rituel collectif institué et organisé; elle implique le plus souvent l'existence d'une église et des prêtres exerçant un pouvoir sur les idées et les consciences, souvent plus ou moins lié au pouvoir politique qui prétend fonder sa légitimité sur elle, en vue du salut personnel et collectif ici bas et après la mort. elle s'éprouve et ne prouve pas sa prétendue valeur de Vérité. En cela toute religion est métaphysique: elle se réfère à une réalité qui échappe, voire contredit l'expérience (miracle, résurrection, immortalité de l'âme, réincarnation etc..); mais toute métaphysique n'est pas religieuse; lorsqu'elle n'implique aucun rituel et/ou culte collectif et lorsqu'elle tente de se donner des raisons et des fondements rationels, c'est à dire philosophiques; il conviendrait de distinguer de plus la foi mystique personnelle et la croyance religieuse collective et ritualisée, socialement transmise et administrée.

Kant à démontré qu'il est impossible de démonter que Dieu existe (ou qu'il n'existe pas) et donc qu'aucune proposition métaphysique ne relève d'une preuve rationnelle; leur fondement est, sinon religieux, du moins mystique.  Cela dit, il y a une grande différence entre des propositions hypothétiques  et pragmatiques dont la valeur se mesure à leur effets dans l'expérience de la production des connaissance et du bien-vivre et des propositions  métaphysiques et dogmatiques qui se prétendent vraies ou bonnes en dehors de toute évaluation de leur conséquences rationnelles possibles dans notre
réalité sociale et intersubjective, qu'elles s'efforcent sans succès, dans une société pluraliste et libérale moderne, de fonder sur du sacré. 


PHILOSOPHIE ET THEOLOGIE: qui parle, Dieu ou l'homme?

Dans le discours philosophique Dieu ne peut être le sujet de la proposition, par exemple: Dieu dit "j'existe" ou: "je suis celui qui suis" ou: "je vous ordonne...". ou encore: "Dieu nous sauve" etc...
Ces propositions sont théologiques, dès lors qu'elles ont une forme rationnelle, mais qu'elles sont mystiques dans leur contenu (révélation injustifiable, voire ineffable).

Pour le philosophe Dieu est, tout au plus, l'objet de ses propositions, par exemple:"Je pense que dieu existe pour telle ou telle raison" ou: "je pense que l'on ne peut pas démontrer que Dieu existe car..." ou encore: "on peut bien vivre sans croire en l'existence de Dieu à condition de ...philosopher" etc... Ces propositions sont philosophiques quand elles s'efforcent de rationaliser leur forme, leur contenu. et leur argumentation et quand elles font du penseur le sujet du discours qu'il tient. Pour le philosophe Dieu n'est pas ventriloque; il ne parle pas par la bouche de l'homme.

C'est dire que le discours philosophique est nécessairement "a-thée", au sens où il lui est interdit de faire parler Dieu pour valider ses propositions; le philosophe doit ne faire intervenir que la raison et l'expérience universelle des hommes pour justifier sa pensée.
Dès lors que Dieu n'inspire pas mon discours, ce que, il est vrai, je ne regrette pas, mon enseignement philosophique est et restera a-thée.
Sylvain Reboul, le 11/02/96. 


UNE CRITIQUE PHILOSOPHIQUE DE LA RELIGION EST-ELLE IDEOLOGIQUE?

Le terme d’idéologique appliqué à une critique rationnelle de la religion dans ses fondements et ses conséquences me semble un contresens ; ou alors, à cet égard Epicure, Spinoza, , Marx, Nietzsche et Freud, autant de penseur qui ont refusé de considérer la thé(léo)ologie religieuse comme le fondement, chrétienne ou autre, comme une science de l’être ou le vrai fondement de la morale et de la politique, ne seraient pas philosophes (Spinoza, quant à lui, invente une théologie rationaliste immanentisme anti-téléologique, c’est à dire anti-religieuse, et ses adversaires qui l’ont considéré comme un athée, ne s’y sont pas trompé!).
Affirmer le contraire c’est considérer que l’importance psychologique, culturelle et historique du fait religieux impose que l’on en accepte le valeur de fondement en droit de l’acte de penser juste, sans examen critique, et c’est là justement une attitude idéologique.

Soyons clair sur la définition de terme idéologique :
Est idéologique à mon sens toute proposition qui se présente sous la forme de l’évidence réaliste indépendamment d’une mise en doute rationnelle et de tout contrôle expérimental universalisable (les axiomes mathématiques ne sont pas des évidences réalistes mais des postulats formels). Est idéologique l’attitude qui présente une croyance suprarationnelle comme une vérité autosuffisante indiscutable voire sacrée. Or à cet égard, il me semble que toute religion repose par définition sur des croyances collectives, objet d’un culte ritualisé, dont le fondement n’est pas seulement rationnellement démontré, mais est indémontrable et irrationnel par nature (cf la notion de mystère). Tant que la religion se présente comme une croyance-fiction douteuse particulière (bien que peut-être bénéfique) elle n’est pas une illusion idéologique. ; elle le devient lorsqu’elle se présente comme une vérité transcendante qui échappe par nature au pouvoir de la critique rationnelle : Or il n’y a pas de religion sans mystère, c’est à dire sans propositions ou événements non seulement incompris mais à jamais incompréhensibles d’une manière rationnelle. (La trinité, la résurrection, l’eucharistie (?), les miracles etc... ), lesquels mystères sont porteurs d’exigences auxquelles les croyants doivent se soumettre sans condition s’ils veulent être sauvés et faire que leur vie ait un sens (cf. Pascal). Enfin et surtout la prétendue connaissance de Dieu en tant qu’absolu fondateur (théologie) est suprarationnelle et donc mystique en son principe de par la nature même de son objet (cf. Pascal, Bergson etc..).
Dans ces conditions, il me semble que l’on renonce à la philosophie dès lors que l’on prend au sérieux, hors tout travail rationnel, le soi-disant contenu de vérité ou la valeur morale transcendants de la religion. En cela la religion et la théologie comme fondements de toutes les valeurs m’apparaissent comme la suprême illusion idéologique contre laquelle la réflexion philosophique à pour mission de nous libérer (corps et esprit).
Ceci n’implique pas que la réflexion philosophique doive rejeter les éléments et contenus retionalisables et critiques transmis par le pensée religieuse, mais elle doit, pour les reconnaître, les soumettre à ses propres critères rationnels de la non-contradiction et de la pratique expérimentale, y compris dans le domaine éthique. Et il y a fort à parier qu’alors ils n’apparaissent plus comme ni transcendants, ni inconditionnels !

Sylvain Reboul, le 15/02/99.


UN COMPROMIS ENTRE PHILOSOPHIE ET RELIGION EST-IL POSSIBLE?
 

La religion se réfère soit à l’expérience mystique du sacré par nature indiscutable, la révélation divine comme fondement du sens de l’existence du monde et des hommes, soit à une tradition ritualisée elle-même indiscutable qui rapporte et transmet collectivement cette expérience par la médiation d’une autorité institutionnelle idéologique et/ou politique. Toute tentative de rationaliser la pensée religieuse fait de son contenu et de l’interprétation de sa forme l’objet d’un interminable et indécidable débat qui tente, sans succès, à en réduire la part de mystère sauf à la reconnaître comme un argument d’autorité supérieur pour clore le débat (cf Pascal).
La « Vérité » splendide de la foi est donc par nature suprarationnelle ; elle ne peut se prêter à l’examen critique de la raison raisonnante et à l’épreuve des critères rationnels de la logique et de l’expérience objectivable (rationnellement universalisable) sans que son contenu proprement religieux s’en trouve corrompu dans son essence. Le philosophe qui chercherait à argumenter au profit de cette « Vérité » la désacraliserait aussitôt, la profanerait, la transformerait en une opinion profane en en faisant une idée humaine contestable parmi d’autres peut-être rationnellement plus cohérente et plus vérifiable ou plus juste, ce qui serait pour le moins difficile, sinon impossible. C’est très exactement ce qui est arrivé à la « preuve ontologique » de l’existence de Dieu de Descartes qui a été réfutée tant par Pascal que par Kant : le scepticisme et/ou l’agnosticisme, voire l’athéisme devenaient alors, malgré Descartes, rationnellement possible. La religion devient alors une simple expérience humaine dont la vérité objective est douteuse et la valeur pratique discutable, voire une illusion dès lors qu’elle ne serait que le résultat de nos désirs personnels et collectifs.

Prenons la question autrement : supposons qu’un compromis entre religion et philosophie soit possible. A quelle condition le serait-il ?
A la condition que le philosophe accepte à un moment ou à un autre d’interrompre l’examen critique pour se soumettre sans condition à tel dogme ou obligation sacrés ; pour quelle raison, le ferait-il ? pour aucune qui soit philosophiquement légitime (rationnelle) mais pour d’autres motifs : convenances sociales, croyances et expérience subjectives infantiles ou/adultes personnelles ou collectives, bref des motifs extérieurs à la philosophie. A l’instant même ou le philosophe se soumet à une vérité transcendant la raison et l’expérience (métaphysique), il quitte le terrain de la philosophie pour celui de l’opinion.
Si l’on invoque alors le fait que le phénomène religieux est universel, ce qui est faux (le bouddhisme en tant que tel n’est pas une religion mais une sagesse et l’athéisme militant, dans la culture occidentale, a toujours existé), ce prétendu universel de fait ne peut pas, pour un philosophe, être considéré comme un universel en droit, dès lors qu’il est pluriel voir contradictoire et qu’il ne peut être fondé en raison sur l’expérience subjective et objective universelle et homogène des hommes ; d’autre part ce phénomène peut être d’autant plus illusoire qu’il est universellement partagé (expression de certains désirs universels auxquels on accorde une valeur de vérité réaliste par exemple l’existence réelle et pas seulement imaginaire de Dieu).
De plus ses conséquences, comme l’expérience le montre, ne sont pas nécessairement positives : les guerres de religions sont par nature insolubles car la « Vérité » absolue, par définition, ne peut être plurielle. Si chacun considère que sa foi est la seule vraie, celle de l’autre est non seulement une erreur mais un péché, un mal qu’il convient d’éradiquer afin d’éviter qu’il ne l’emporte sur la vraie foi ; ce mal métaphysique met en cause la survie des hommes, le sens même de leur existence individuelle et collective. Ainsi les athées, pour cet apôtre de la tolérance interreligieuse qu’est Locke, sont des êtres nécessairement asociaux dont l’expression de leur athéisme doit être interdite par la violence s’il faut. Sur le plan personnel la religion, en soumettant les désirs le plus humains, (ex :le désir amoureux), à des interdits transcendants irrationnels provoquent un sentiment permanent de culpabilité (péché originel) qui rend les hommes impuissants et leur tristesse irréductible. Cette dernière est même valorisée (et perversement valorisante) sous la forme sacrificielle de la souffrance rédemptrice, de l’abnégation salvatrice et de la soumission gratifiante à Dieu et aux prêtres.

Ainsi tant du point de vue de la religion que du point de vue d’une pensée philosophique conséquentes, tout compromis entre pensée philosophique et pensée religieuse est une compromission. L’agnosticisme, voire l’athéisme, comme le scepticisme vis-à-vis de l’opinion en général, sont consubstantiel à la pensée philosophique dont l’exigence première est non pas apologétique mais critique. Cela ne justifie en aucun cas la répression politique de la religion mais autorise l’expression d’une critique philosophique du phénomène religieux dès lors qu’elle participe de la lutte pacifique pour l’autonomie de la pensée. Cette critique, pour ce faire, doit faire la part entre ce qui est rationnel dans les valeurs ou règles transmises par telle ou telle religion et ce qui ne l’est pas, mais cette critique désacralise la forme proprement religieuse de la religion et relativise nécessairement ses exigences.
La philosophie a préparé le terrain d’une pensée qui ne se réfère plus à Dieu, mais à la logique et à l’expérience, pour établir la vérité relative de la connaissance et la justesse relative des principes d’action ; La théologie occidentale dès lors qu’elle a tenté de rationaliser la pensée religieuse a introduit le vers de la liberté de pensée par soi-même dans le fruit de la tradition collective soumise à l’autorité de Dieu et de ses prêtres . L’expérience de notre histoire le confirme : sans la philosophie la laïcité aurait été impensable, ainsi que la démocratie pluraliste ; grâce à elle la progrès des sciences et des arts est devenu possible ainsi que le libéralisme économique et politique. Et c’est avec la philosophie et non contre elle que nous pourrons aujourd’hui penser et réguler les contradictions des sociétés modernes en voie de mondialisation.

Sylvain Reboul, le23/03/99


Religion ou libération?

1) L'esprit est le corps en acte et la conscience expérimentale du corps en relation réelle et symbolique avec les autres et le monde: Toutes les déterminations relationnelles et symboliques ne sont effectives que dans et
par les programmes, en partie auto-organisés, de l'activité neuronale.

2) La religion produit des effets placebo psycho-somatiques bien réels, c'est à dire matériels (physico-chimiques) car elle est une pratique symbolique relationnelle sur les corps par le truchement de signifiants des affects relationnels bien orchestrés et de rituels symboliques collectifs, plus ou moins individualisés, pré-programmés par l'éducation.

3) Son efficacité se paie d'une dépendance vis-à-vis de convictions absolues et sacrées et des prètres qui les instrumentalisent pour instauter leur pouvoir "transcendant" et incontestable sur les corps et les consciences.

4) La liberté est autonomie relative et elle s'accroit dès lors que l'on connait mieux le fonctionnement du cerveau et du corps mais elle diminue lorsque que l'on croit à des interventions surnaturelles produisant la tristesse (humiliation et culpabilité), l'impuissance (angoisse devant le désir et la sexualité), la valorisation "morale" de la souffrance "salvatrice" et la recherche de paradis post-mortem.

5) Nietzsche n'a, à ce sujet, qu'un tort: Il ne voit pas que notre volonté de puissance,c'est à dire notre désir d'agir y compris sur nous-mêmes, à pour condition le développement des sciences et des techniques et de la médecine
scientifiques dont on peut contrôler les effets d'une manière rigoureuse, doublés de la mise en oeuvres de rapports joyeux et sensuels, c'est à dire rationnels et raisonnables aux autres, à leur corps, leur conscience active et
leurs désir d'être; ce qui est le contraire de la relation sado-masochiste de domination, à soi et aux autres, que produisent la religion et la foi. Il ne fait que remplacer une domination hypocrite par une autre plus lucide, sans pouvoir sortir de la domination comme mode privilégié de la volonté de puissance. En tout cas il faut avec raison dire que si la foi déplace les montagnes, c'est comme pour les pyramides et les cathédrales : au prix de l'esclavage.

S.Reboul, le29/11/99 


Dieu et la mal

Le théologien chrétien Lactance attribue au philosophe Epicure le raisonnement suivant:

"Dieu ou veut ôter le mal et ne le peut pas, ou le peut et ne le veut pas, ou ne le veut et ni ne le peut, ou le veut et le peut.
S'il le veut et ne le peut, il est alors impuissant; s'il le peut mais ne le veut pas alors il est cruel et s'il ne le veut, ni ne le peut, alors il est tout à la fois impuissant et cruel; ce qui, dans tous ces cas de figures, n'est pas compatible avec  sa perfection.
S'il le veut et le peut: pourquoi, alors, le mal existe-il?
Pourquoi dieu ne le supprime-t-il pas?

3 réponses, selon moi (S.R) sont possibles:

1) Dieu a créé l'homme libre par amour donc coupable du mal pour sa damnation et en vue de son éventuel salut à condition qu'en renonçant au plaisir et au bonheur ici-bas, et en se soumettant aveuglément aux prêtres et au pouvoir politique qui se réclament de son infinie et absolue puissance, il se punisse de sa faute originelle (le péché).
2) Dieu est indifférent au bien et au mal qui n'ont de sens que pour nous: sa création n'est ni bonne, ni mauvaise; mais, alors, il n'est d'aucun usage moral et la religion est inutile.
3) Un tel Dieu n'existe que dans l'imagination irrationnelle de les hommes pour s'aliéner à une vision humaine dominatrice de la vie et de son sens ultime, rendue, par cette croyance en lui, indiscutable et sacrée, 



La religion et la mort

Il est juste de dire que la question de la mort est universelle; mais toute  religion, et surtout les religions monothéïstes, transforme cette question en celle de l'après-mort; en ce sens elles substituent l'angoisse de l'après-mort  à la peur de la mort: toutes elles parlent de jugement dernier de Dieu qui peut nous condamner sans même nous entendre et faire droit à notre défense (voire qui nous a déjà damné dans la version hard de l'augustanisme). Qu'avons-nous à gagner (et à perdre) aujourd'hui à cette substitution?

Le problème de la mort est, à mon sens, celui, non de l'après, mais du maintenant de la vie: comment s'accepter mortel, dès lors que pour l'instant ce fait semble indépassable? et surtout comment accepter la mort de ceux qui nous sont proches?

Il me semble que la seule manière efficace d'éviter de soumettre sa vie à l'obsession impuissante de l'après-mort et au sentiment du péché  qu'elle engendre est de philosophiquement savoir ce qu'elle est: la fin de la vie de l'organisme, corps et esprit, c'est à dire rien; sauf chez ceux qui survivent et garde le souvenir et préservent les oeuvres des ex-vivants. De plus il convient de connaître scientifiquement ce qu'est biologiquement la mort, ses causes naturelles et accidentelles, pour la combattre; ce que fait la médecine depuis toujours et de mieux en mieux jusqu'à mettre tout mettre en oeuvre, par exemple,pour lever le caractère inéluctable de la mort naturelle et qui, déjà, s'efforce de prolonger la vie indéfiniment. Quant à la souffrance provoquée par la mort, naturelle ou non, des autres, elle relève d'un traitement psychiatrique lorsque le sujet ne peut parvenir avec ses seules ressources psychologiques, voire philosophiques, à se raisonner.

Plus la question de la peur et de la souffrance face à la mort devient l'objet d'un possible traitement scientifique,  technique et psychologique (travail du deuil) efficace, moins elle est vécue comme un problème religieux et métaphysique.
Seuls ceux qui ont intérêt à préserver les anciennes croyances surnaturelles de l'après-mort pour pérenniser leur pouvoir sur les consciences en recourant à la crainte de Dieu afin d'imposer une morale de la soumission aux prètres et au pouvoir politique qui se réclame d'elles, s'efforcent de combattre comme sacrilèges les progrès de la biologie et de la médecine pour faire de la peur de la mort une question rationnelle.

Si la religion est une thérapie symbolique et sociale contre la peur de la mort qui a eu historiquement, faute de mieux, une indispensable efficacité, car elle a préservé l'espèce d'une dépression auto-destructrice, ses effets secondaires de dépendance peuvent et doivent, aujourd'hui  être combattus par une conception rationnelle de la vie (voir "L'avenir d'une illusion" de Freud) qui prend la mesure des développements des connaissances scientifiques et de leur possible efficacité thérapeutique dans la lutte contre la souffrance physique et psychique générée par la mort et la peur légitime qu'elle provoque.


Agnoticisme et athéisme

Compte tenu de l’improuvabilité de l’existence de Dieu, invoquer Dieu dans une argumentation, que ce soit dans le domaine de la morale commune, de la politique ou de la connaissance, n’a pas plus de sens pour un athée qui affirme que Dieu n'existe pas que pour un agnostique qui se contente de dire qu'il ne sait pas si Dieu existe

Mais j’avoue en effet que je perçois mal en quoi il serait nécessaire de faire une différence hors du plan strictement personnel : il n’est pas incohérent de prier, pour un agnostique, en vertu du principe "on ne sait jamais, cela peut aider", alors que cela est évidemment absurde pour un athée. En cela je ne confonds pas quelqu’un qui conserve des traces de la foi mais qui doute en disant qu’il ne sait pas vraiment (agnostique), mais qui a néanmoins besoin de croire (et non pas de savoir) en Dieu pour ne pas désespérer et celui qui n’éprouve aucun motif subjectif personnel de croire en Dieu ; mais c’est l’affaire de chacun et cela n'a pas grand chose  à voir avec une vérité métaphysique.


 En effet on peut faire une différence entre les deux attitudes  sur un plan de philosophie éthique personnelle (à ne pas confondre avec une morale commune): vaut-il mieux craindre Dieu que penser qu’il n’y a pas de vie après la mort, à la manière d’Epicure ?.. Angoisse du péché ou du jugement dernier ou peur de la mort ? Cela se discute en effet...Et l’on ne peut écarter l’athéisme sur ce point en tant que décision éthique sur fond d’une expérience subjective partagée: mis à part les intégristes qui visent la martyr il y a peu de croyants convaincus qui n’aient pas peur de la mort, voire qui ne soient pas pris d’une certaine angoisse vis-à-vis d’un au-delà imaginaire auquel ils croient, sans en être certains.

Savoir que nul n’a jamais pu et ne pourra jamais expérimenté ici-bas l’existence d’une vie après la mort devrait suffire pour nous décider que l’on n’a rien à gagner à croire au jugement dernier afin de nous libérer de l’angoisse que celui-ci a toujours suscité...


Religion ou philosophie
Le notion de foi ou plus encore de spiriualité est pour le moins vague et ambigüe ; Il faut à mon avis distinguer la croyance religieuse en un Dieu créateur transcendant qui aurait le pouvoir de nous sauver de la souffrance et de la mort, d’une simple sagesse pragmatique de vie qui nous conduit à nous faire prendre un recul réflexif par rapport aux désirs illusoires (passions) pour mieux nous adapter aux monde tel qu’il est et à notre condition de mortel afin de nous libérer de la tristesse qui accompagne ou suit les illusions passionnelles (Spinoza)"surnaturalistes" ; lesquelles consistent non pas à croire en un autre monde mais à affirmer que cet autre monde est plus "réel" que celui dans lequel nous vivons ici et maintenant. Il est probable que toute attitude qui réduit la tristesse face à la mort et qui donne un sens positif à la vie par delà la conscience de la mort et l’expérience de la souffrance est positive, sauf que cette réduction dans le cas d’une foi monothéiste judéo-chrétienne, voire musulmane, s’accompagne d’un sentiment permanent de culpabilité face au jugement de Dieu (le péché) et exige peu ou prou un sacrifice de soi (de son désir propre de vivre heureux ici-bas) pour mériter le salut éternel...

Tout le pari de la pensée d’Epicure ou de Spinoza est de nous inviter à nous rééduquer par la raison et la réflexion sur le monde tel qu’il est et tel que nous pouvons très progressivement le connaître (connaissance toujours relative) d’une manière immanente (sans extériorité divine et/ou sans avoir à imaginer un autre monde surnaturel) pour, en rendant nos désirs plus raisonnables et plus raisonnés, accroître notre puissance d’agir sur le monde et nous-mêmes afin de réduire autant qu’il est possible la tristesse générée par les passions illusoires qui nous présentent imaginairement ce que nous désirons comme réel ou réalisable, sans avoir à agir sur le monde naturel et humain (nous compris), dans l’attente impuissante d’un jugement transcendant et d’une intervention extérieure (Dieu seul peut tout !).

Bref rien ne dit que l’attitude, transcendantaliste et cultuelle, proprement religieuse face à une puissance absolue et sacrée imaginaire à laquelle on doit se soumettre sans condition (la foi l’exige) l’emporte du point de vue de la réduction de la souffrance et du sentiment d’aliénation et d’impuissance par rapport à celle de la maîtrise philosophique et raisonnée, mais toujours relative de soi par soi. Rien ne dit que ces thérapies symboliques ambigües (placebo) que sont les religions culpabilisantes et sacrificielles du désir de vivre heureux ici-bas (le sacré exige toujours un sacrifice du plaisir sensible) réduise le difficulté de vivre plus heureux en ce monde.

N’oublions jamais que ce genre de religions monothéistes et à prétention absolument vraies sont aussi sources de haines inter-religieuses dont nul ne peut dire qu’elles font le bonheur des individus qui y succombent. Sauf à jouir de la violence (sado-masochisme) faite aux autres et en dernier ressort à soi-même.
S. Reboul, le 18/10/05



La foi, la religion et la politique.

La foi est une expérience imaginaire, une effusion affective dans sa forme ; dans son contenu elle une fiction, voire un délire exprimant d’une manière érotique et esthétique (voire l’érotisme des grands mystiques) l’infini de désir humain transformé en désir d’infini débordant la finitude de la réelle condition humaine; en cela elle pousse à penser et à agir au delà de l’expérience présente et à la transformer ; mais, lorsqu’elle hypostasie cet au delà dans l’illusion de l’existence réelle d’un Dieu transcendant, elle aliène le désir en le soumettant au fantasme qu’il projette de l’infini puissance de  ce Dieu. Celui ci est alors l’objet d’un culte collectif qui nécessite le pouvoir idéologique, voire politique, sur les consciences de prêtres et/ou d’une église garants de cette vérité transcendante prétendument salvatrice. Dieu est le seigneur et maître absolu auquel les croyants doivent obéir avec humilité en se soumettant selon des rituels stéréotypés collectif d’allégeance fusionnelle et identificatrice. Nous avons alors affaire à la religion.

Par conséquent la société religieuse est nécessairement communautariste : elle soumet l’individu à la communauté des croyants. Le choix, si tant est que l’on puisse aujourd’hui avoir le choix, est donc, selon l’analyse de Max Weber, entre la société traditionnelle religieuse (die Gemeinschaft) et la société libérale et individualiste (die Gesellschaft), y compris en ce qui concerne la foi. Du reste, on constate dans nos sociétés modernes, y compris les églises, un hyper-fractionnement des contenus dogmatiques des grandes religions historique, implosion marquée par la décomposition des croyances et le bricolage syncrétique individuel de leur contenu symbolique, devenu entièrement disponible (désacralisé). Dans ces conditions, tout retour du religieux en politique serait une illusion catastrophique et liberticide : elle ne pourrait s’affirmer qu’en violant les libertés individuelles et les droits de l’homme. C’est pourquoi une démocratie pluraliste (ce qui est un pléonasme) ne peut être que laïque et donc politiquement a-thée ; c’est à dire sans référence (sinon, parfois, comme une très vague survivance symbolique conformiste) à Dieu pour fonder la valeur des lois et la légitimité de l’état et des gouvernants. La religion devient et doit alors devenir une affaire privée collective infra-politique dont la reconnaissance de l’exercice public de son culte suppose qu’elle renonce , en tant que telle, à jouer un rôle politique (si les croyants transforment leur position en position rationnelle, ils ne font plus de leur croyance un argument politique) et qu’elle se soumette aux droits de l’homme et aux lois libérales, humaines et non religieuses .

Si la foi singulière, dans le meilleur des cas, peut être un mode positif de gestion du désir créateur ; les religions sont toujours des machines de pouvoir qui gèrent le désir d’être afin de le canaliser dans le sens de la domination idéologique et politique des individus et de la réduction de leur autonomie .

S.Reboul, le 22/05/2000


  

Pourquoi sur le plan rationnel (universel) faut-il renoncer à faire usage de l'idée de l'existence de de Dieu? Pour des motifs non pas théoriques (on ne peut démonter en effet l'inexistence de Dieu, comme l'inexistence de quoi que ce soit du reste; on peut montrer seulement que la notion de Dieu est floue et que cette existence est problématique et donc non-fiable), mais pour des raisons (ou motifs justifiés) pratiques:
1) On ne peut mettre les hommes d'accord sur ce point et donc vouloir fonder une vie ensemble (les règles éthiques et de droit) sur cette idée est toujours porteur de divergences d'autant plus irréductibles et parfois violentes que l'idée de Dieu se réclame de l'absolu (ex: fanatisme et conversion forcée, voire croyance politiquement obligatoire). Les guerres de religions ont disparues chez lorsque l'on a renoncé à faire de Dieu le fondement de la politique (laïcité) et de l'éthique sociale (droit de l'homme et non droit divin)
2) Une idée aussi problématique ne peut fonder quelques connaissance univervelle objective que ce soit car on peut à partir d'elle prétendre à tort démontrer ou prouver tout et son contraire; elle est donc pratiquement inutile sur le plan de la connaissance. Voire si on prétend la maintenir, elle peut devenir un obstacle au progrès du savoir (affaire galilée) en dogmatisant certaines conceptions religieuses aux dépens de la recherche rationnelle et objective.

La foi en Dieu doit donc rester d'usage privé et ne vaut que pour ceux qui y croient. À ceux-ci elle apparaît subjectivement utile mais c'est à chacun d'en décider et cette décision ne peut prétendre viser l'universel; elle est donc sans valeur philosophique. L'athéisme n'est pas contre la religion pour les croyants, il se contente de refuser aux croyants de décider pour les autres de la vérité, de l'éthique et de la politique: a-théisme ne veut pas dire anti-religieux mais anti-théocratisme politico-soocial. le préfixe "A" est, faut-il le rappeller, est un simple privatif. Athéisme signifie que l'idée Dieu n'a pas à intervenir pour règlementer nos affaires communes; sauf à en exclure et/ou à soumettre définitivement et a priori à la domination des croyants et de leur église ceux qui ne croient pas ou croient autrement. Bref la pluralisme idéologique est logiquement incompatibble avec le théisme politico-social ou théologico-politique.

Le 24/01/03


On peut justifier philosophiquement l’athéisme théorique sur le plan rationnel et politique de la manière suivante:

Nous constatons tous comme un fait historique:

1) que l’idée de dieu est dans son contenu multiple et contradictoire (ex: Jésus n’est dieu (christ et fils de Dieu) que pour les chrétiens, mais, en tant que dieu, une idole pour les juifs et les musulmans). par conséquent l’idée de dieu est vide de tout contenu déterminé universalisable. elle est donc une idée philosophiquement vide, chacun pouvant y mettre, comme dans un "auberge espagnole", ce qu’il a envie d’y manger, sans être capable de justifier ou de prouver la vérité objective pour les autres de ce qu’il y met.

2) que l’idée de Dieu ne peut être, par conséquent, qu’une croyance subjective hors du champs universalisable de la vérité ou de l’erreur, comme toute proposition métaphysique, philosophique ou religieuse

3) que, dans cette condition, l’idée que dieu existe objectivement (lequel ?), comme le prétendent tous les croyants, est une idée fausse et à ce titre doit être rejetée par tout esprit rationnel cohérent entant que vérité universelle.

4) que cela suffit à exclure, pour fonder l’éthique et le droit, voire la politique, la référence à dieu (et/ ou à un quelconque principe divin supérieur transcendant) dans toute société laïque et pluraliste

En ce sens toute société laïque (et donc démocratique) est nécessairement a-thée, au sens de privée de fondement divin. La foi ne peut être qu’une croyance privée individuelle ou collective et non pas politique. C’est donc au croyant de savoir faire le distinction entre savoir et croire, ce qu’il a précisément du mal à faire, du fait même de sa croyance qu’il prend pour une vérité.

L’athéisme est donc bien une nécessité philosophico-politique car toute philosophie, nous le savons depuis Platon, engage toujours une politique...C’est en ce sens que la défense philosophique de l’athéisme philosophico-politique est une condition de la liberté politique et citoyenne: Il n’ y a pas de citoyens aux yeux de dieu, mais des créatures assujetties à sa loi transcendante.

Le 02/08/08


Athéisme, religion et tolérance

L'obéissance à Dieu, Vérité/Valeur absolue, est, par définition, pour le croyant authentique, donc aveugle (voir le sacrifice demandé à Abraham), un impérarif catégorique: il n'est d'autre crime que de désobéir à ses commandements car toute désobéissance est refus de reconnaître son autorité suprême, fondement de toute autorité et de toute loi justes; ex: Adam, chassé du paradis, est condamné au travail, à la souffrance et à la mort; il a transmis à tous le péché originel qui n'est autre que la désobéissance à Dieu qu'il a commise. Or l'athée menace par son athéisme (refus de l'autorité divine) la foi et l'obéissance aveugle à Dieu exigée du croyant; l'athéisme corrompt l'intégrité de la foi en cela qu'il la relativise en en faisant le fruit d'une décision personnelle donc arbitraire: Dieu n'est vrai que s'il l'est pour tous les hommes (catholicisme) et donc si la Vérité divine s'impose à tous contre l'incroyance qui n'est que la perpétuation du péché originel.
Il est donc dans la logique de la foi de considérer que l'athéisme est le plus grand mal et qu'il convient de l'éradiquer; mais il est dans la logique de l'athéisme de considérer que le croyant est aliéné; or, pour l'athée, la libération du croyant ne peut venir que de lui-même: toute répression du croyant est absurde; seuls la réflexion rationnelle (logique+expérience) et l'examen critique par lui-même des fondements de sa foi et de ses conséquences peuvent l'aider à se remettre en question. Encore faut-il un contexte politique favorable à la libre pensée et, pour cela, que l'athéisme philosophique soit autorisé.
Seul l'athéisme peut, car il le doit au nom de son exigence d'autonomie, être tolérant (pas de vérité absolue); ce qui ne veut pas dire qu'il doit s'abstenir de philosopher publiquement sur la religion, car  la liberté d'expression serait alors radicalement compromise; mais il doit le faire  hors toute menace sur les personnes, par la seule force de ses arguments rationnels.

Reste le problème de la confusion entre la religion et la politique, qui est pour l'athée, et pour tout homme raisonnable, dangereuse en cela qu'elle autorise la violence contre tous ceux qui sont considérés comme mécréants et qu'elle tend à légaliser la répression de la libre-pensée, fondement régulateur de la démocratie. La loi doit interdire cette confusion dans le cadre de la liberté religieuse personnelle garantie. La tolérance sans liberté critique (donc sans la liberté d'être et de se conduire en athée) fait toujours le lit de l'intolérance qu'elle soit politique et/ou religieuse. L'athéisme est un garde-fou indispensable contre le fanatisme religieux qui, au nom de l'Absolu, est toujours tenté de fusionner la politique et la religion.
S.Reboul, le 31/10/00



Tolérance et fanatisme

Dire que le mal est tolérable pour la religion, alors que le crime ne l'est pas, c'est refuser de voir que les religions n'ont toléré ce qu'elle considéraient comme le pire mal, le péché contre Dieu et ses commandements, qu'à la condition que le mal et ceux qui étaient désignés comme mécréants hérétiques ou infidèles ne contestent pas son pouvoir absolu de définir le bien et se soumettent au rôle négatif que l'église leur attribuait généreusement. Dès lors que s'affirmait une contestation de ce pouvoir idéologique et politique de l'église, les porteurs du mal était immédiatement diabolisés, criminalisés et les mécréants transformés en victimes émissaires de la vraie foi: les croisades, les guerres de religions, l'inquisition et les chasses aux sorcières en témoignent, hier et aujourd'hui.
Quant aux pays soi-disant athées et socialistes ils n'ont jamais fait que remplacer une religion par une autre; la seule forme authentique de l'athéisme c'est, dans la théorie, la philosophie rationnelle et critique qui refuse toute prétention de fonder la vie sur des absolus; et dans la pratique une éthique pragmatique (donc sceptique), régulatrice du désir  dans la relation à soi et aux autres en vue de réduire le risque de violence, d'accroître l'autonomie et la solidarité précisément humaine en ce qu'elle fait du désir l'essence de l'homme.
Dans les faits la notion de tolérance a pris aujourd'hui une autre signification: fonder le pluralisme démocratique par lequel le mal (le malheur et la souffrance produite par l’homme) n'est plus l'apanage de l'autre, mais l'affaire de tous, dès lors que la tentation de la violence demeure en chacun. Et c'est tant mieux si un monde plus raisonnable, et partant moins violent, tel que le monde commercial et contractuel, succède à un monde enchanté ou domine la passion fusionnelle. L'affaire du moyen orient et bien d'autres sont là pour nous le rappeler tous les jours.

S.Reboul, le 06/01/00

"Il vaut mieux que les gens arrivent à exprimer sous forme de fiction ce qu'ils essayent de dire sous le couvert de Dieu."

Tout à fait d'accord; mais le problème demeure: le croyant ne désire pas que "son" Dieu ne soit qu'une fiction, il lui confère une réalité objective indépendante de son imagination car c'est à ce titre qu'il peut croire être protégé et/ou sauvé après la mort et d'autre part un Dieu fictif, même collectif, ne peut suffire à définir une autorité morale absolue. Donc l'expression sous forme de fiction est condamnée à devenir une illusion, c'est à dire à confondre la fiction avec la réalité; autrement dit toute religion "populaire" est nécessairement une idolatrie et/ou une superstition car c'est la condition pour qu'elle fonctionne comme assurance vie psychologique et garde-fou moral. La position de Nietzsche là dessus est extrèmement juste. Et quand un croyant rencontre un non-croyant, celui-ci ne peut être pour lui qu'objet/sujet de scandale car aucun dialogue n'est possible avec le diable et nier la réalité non-fictive de Dieu c'est être démoniaque: la non -croyance doit être extirpée coute que coute pour sauver l'existence, fondatrice d'espérance et de lien communautaire (ex: la communion et les rites), du même Dieu pour tous. Dieu n'existe pas sans le diable ,et le diable c'est l'autre qui ne croit pas au même Dieu et, pire, l'athée.

Le débat sur la question de savoir quelle religion serait par nature plus violente est donc parfaitement vain : la question de la paix et de la violence traverse chaque religion et, dans chacune d’elle, son histoire.

Reste qu’aucune religion n’est rationnelle quant à ses dogmes fondamentaux et cette irrationalité constitutive peut toujours générer une foi dans l’absolu qui voit dans l’altérité un viol de cet absolu : l’adverse du Bien absolu ne peut être que la mal absolu vis-à-vis duquel aucun compromis n’est par définition possible et doit donc être rigoureusement interdit saus peine de trahison (ou apostasie).. Mieux : toute tentative de connaître le sens de la loi divine et éventuellement d’en discuter la caractère absolu (inconditionnel) peut être perçu comme un péché d’orgueil qui est pour toute religion, à ce niveau, fondamentalement le seul péché mortel (la sortie de l’innocence par la connaissance)

Il y a une logique de l’irrationnel posé en absolu et cette logique est potentiellement violente, sauf à faire de cet absolu un motif de récuser comme vérité toute interprétation humaine donc relative de cet absolu.. ; Ceci n’est pas en soi impossible, mais cela le devient pour qui adhère à une religion comme à un dogmatique sacrée (indiscutable) à laquelle il faut se soumettre à la lettre et s’interdire à son égard toute interprétation personnelle et/ou toute relativisation historique sur fond de désir de connaître et de juger rationnellement.

Mais pour s’élever à une telle vision de l’Absolu il est impératif de sortir des religions instituées en dogmatiques et en machines à produire de la soumission aveugle qui, au nom d’une paix intérieure, ne peut qu’être extrèmement violente vis-à-vis de l’extérieur. Toute l’histoire de la violence la plus extrème est en ce sens peu ou prou supportée par l’altérité religieuse au point que même des guerres sans Dieu doivent se donner une forme quasi religieuse de l’absolue vérité pour perdurer et se justifier indéfiniment .

Le 09/10/06


Religion et apostasie.


L’islam n’est ni plus ni moins tolérant que les autres religions lorsque celles-ci sont ou ont été religions d’état et dont les commandements sont et ont été considérés par la population comme sacrées (intouchables et indiscutables). 

La question est donc : Peut-il exister une religion désacralisée, libérale, et sans ambitions politiques ? Si oui, en quel sens est-elle encore religieuse ?

Le problème dans certaines visions de la religion (et toutes sont concernées), c’est l’interdiction collective et institutionnelle pour qui a été élevé dans une religion d’en changer ou de ne plus la pratiquer ou de devenir athée. Si les religions chrétiennes ont offiellement abandonné le crime d'apostasie, d'athéisme ou d'hérésie , c'est contraintes et forcées par les progrès dede la liberté de penser et de la laïcité qu'elle a rendu possible, à savoir la séparation instituée de la religion et de la politique.

Le problème est le prétendu crime ou délit d’apostasie et/ou d'hérésie punissables par la collectivité et ses institutions politico-juridiques et/ou familiales.

Ce qu’il faut demander à tout croyant pour savoir s’il est tolérant, c' est de lui demander s'il refuse l’apostasie comme un crime et/ou un délit !

Mais, là encore, une religion sans crime ou délit (plus ou moins punissable) d’apostasie est-elle encore religieuse ?
Si la réponse est non, il convient de distinguer la foi personnelle pas forcément religieuse et une religion (parmi d'autres) institutionnelle, toujours politique..C’est en cela qu'une foi personnelle ne peut plus et ne doit plus se prétendre vérité pour les autres, c’est aussi en cela qu’elle n’est plus précisément religieuse (religio=être reliés par la croyance en une vérité sacrée transcendante ou surnaturelle qui doit s’imposer ou être imposée à tous) .

Or cette séparation théorique est pour le moins problématique en pratique: qui croit subjectivement au surnaturel a besoin de croire avec d'autres, d'autant plus que cette croyance échappe à toute preuve objective. Croire ce que d'autres croient c'est conforter socialement -donc en ce sens sortir de sa seule subjectivité personnelle- sa croyance d'où la nécessité des rituels collectifs et des églises administrant voire forgeant les croyances collectives pour en faire de prétendues vérités communes révélées et sacrées, affirmées comme des mystères échappant par nature au pouvoir critique de la raison. Donc foi personnelle et foi religieuse sont, la plupart du temps, indissociables en cela qu'elles s'inscrivent toutes deux dans la dimension d'un tradition et d'une obéissance impérative, voire forcée par la menace d'exclusion sociale et/ou de punition divine, à cette tradition transmise comme sacrée c'est à dire indiscutable, sauf à faire d'une croyance une hérésie plus ou moins criminalisée par rapport à la foi collective.

La valeur de tolérance admise aujourd'hui comme centrale par les églises chrétiennes, au contraire de la plupart des instituions islamiques, ne signifie qu'une chose, à savoir que le christianisme actuel, mise à part certaines sectes fondamentalistes, est "une religion de la sortie de la religion" (Marcel Gauchet),  autant dire une religion de moins en moins religieuse et de plus en plus raisonnée, ouverte à la critique rationnelle
des croyances qui laisse les individus libres de croire à leur convenance ou de ne pas croire en Dieu et aux mytères comme réellement existants. Les religions chrétiennes sont de plus en plus présentées comme des croyances symboliques subjectives plus ou moins partagée et non plus vérité pour tous. C'est ainsi que protestants et catholiques, aujourd'hui,  ne se distinguent plus par leurs croyances, mais par  leurs symboliques et leurs rituels traditionnels plus ou moins et de moins en moins suivis.
le 28/08/09

L'illusion religieuse
Retour à la page d'accueil


"si le phénomène religieux existe effectivement dans toutes les sociétés, c’est peut-être parce qu’il exprime une caractéristique fondamentale de notre fonctionnement cognitif"

D'accord; mais en disant cela on liquide l'illusion qui fait de la croyance et de la pratique religieuses l'expression d'une vérité transcendante. S'il y a une universalité du religieux comme il y a une universalité du besoin de croire dans un au delà du phénoménal pour orienter une pratique du désir de changer les choses, ce besoin doit toujours se donner des moyens de diffusion et des institutions de pouvoirs concrets (des médias et des églises) pour entretenir la flamme de la promesse dans telle ou telle formation sociale et se créent alors des religions communautaires forcément différentes dont la fonction est justement de créer du lien social sur fond d'exclusivité par le fait que l'absolu dont elles se réclament ne peut s'affirmer comme particulier et relatif sans se couper de toute efficace persuasive. La religion des autres ne sera jamais, dans le meilleur des cas, qu'une version inférieure de la vraie religion et, dans le pire, l'expression même du malin ou du diabolos qui divise. La vision syncrétique proposée par certains  ne peut que participer à et de cet effondrement du transcendant dans le n'importe quoi du "chacun sa tambouille symbolique" du consommateur de spiritualité à la carte que rien d'autre, à travers l'échange entre les subjectivités individuelles de rencontre, ne motive hors de la gestion symbolique de son désir propre. Un religieux sans religion, sinon de plus en plus évasive et de moins en moins contraignante, au coup par coup et à la libre disposition de chacun est donc l'expression même d'un scepticisme ravageur de toute prétention à la vérité divine qui structure toute religion instituant un pouvoir collectif sur les consciences et les comportements. Si l'universalité du religieux est à ce prix et à cette condition, libre alors à chacun d'y inscrire ou non l'économie de son désir jusqu'à refuser tout désir de transcendance et/ou de surhumanité. Le religieux comme désir d'un ailleurs salvateur promis à tous (post-mortem ou non) se pulvérise en micro-croyances et en micro-rituels et la pratique communautaire de la religion entre alors dans une crise irreversible et c'est bien ce que nous constatons: la consommation commerciale est spirituelle et la spiritualité devient commerce n'obéissant plus qu'à la loi de la demande et de l'offre publicitaire.
S. Reboul, le 28/01/03




L'illusion religieuse

    L'illusion idéologique commence lorsque l'on prend ses désirs pour la vérité; précisons: lorsque l'on
    considère qu'une idée est vraie, c'est à dire correspond à une réalité objective (hors de moi et de mon esprit) pour
    la seule raison qu'elle satisfait un désir (bon ou mauvais, ce n'est pas la question). Freud ajoute même qu'une idée
    peut être objectivement vérifiée par l'expérience (pour l'instant) et en même temps illusoire dès lors que le motif
    d'y croire reste subjectif ("L'avenir d'une illusion").

    Pourquoi? Parce que cette confusion entre l'ordre du désir et l'ordre du réel, entre le jugement de valeur et le
    jugement de réalité bloque toute possibilité d'interrogation critique visant à réfuter nos hypothèses à propos du
    réel. En cela l'illusion est le seule obstacle au mouvement infini de production du vrai-semblable. Autant dire que,
    pour les sciences (y compris du psychisme), la vérité absolue est la suprème illusion, car elle est irréfutable (voir
    K.Popper); c'est à dire sans critère, ni procédure possibles objectifs de validation. Kant ne disait pas autre chose,
    lorsqu'il faisait de la raison expérimentée le seul juge possible de la vérité relative, seule vérité possible; ce qui a
    pour conséquence que la métaphysique comme science est une illusion transcendantale (l'esprit qui prend ses
    concepts transcendantaux pour des réalités), car, sur ce terrain (Dieu, la liberté humaine, l'immortalité de l'âme
    etc..) la raison peut avancer les hypothèses les plus contraires, sans pouvoir trancher entre elles; sauf pour des
    motifs moraux (postulats de la moralité); ce qui peut être contesté, dès lors que l'on refuse (voir sur mon site) l'idée
    d'une morale universelle purement rationnelle.
    Ainsi ne faut-il pas confondre la connaissance et la morale, l'être et le devoir-être, le vrai et le bien, ce que l'on
    désire et la réalité. Ces confusions sont au centre de toute les illusions idéologiques.

    Quant à la question de l'existence de Dieu, je serais d'accord avec Pascal: elle ne se prouve pas par la raison et
    l'expérience objective; elle est une question de foi subjective et rien d'autre ("Vérité du coeur et non de la raison");
    elle répond au désir de croire que notre vie n'est pas vouée à la mort. Vous avez parfaitement le droit de croire en
    "votre" Dieu (Les représentations du divin sont multiples et contradictoires); mais vous aurez tort d'en faire une
    vérité objective et universelle et encore plus de prétendre soumettre les conduites des hommes à cette vérité (les
    commandements sacrés de Dieu), que vous n'avez aucun moyen de prouver et de faire reconnaître par tous. c'est
    d'ailleurs pourquoi l'état et le droit modernes (pluraliste et démocratique) ne peuvent être que laïcs.

    La foi religieuse est devenue, par la force de la critique rationnelle de la vérité devenue vrai-semblance, une
    affaire privée. Si vous ne pouvez pas me prouver que Dieu est universellement vivant; alors il est politiquement et
    moralement mort, comme fondement universel de la légitimité de telle politique et de telle morale. Si Dieu est mort
    tout n'est pas permis pour autant car il reste la question essentielle: selon quelles règles de droit et d'éthique du
    bien-vivre ici et maintenant avec ceux qui n'ont pas forcément la même morale ni la même religion, ni la même
    économie du désir que moi et que je ne peux prétendre convertir (si ce n'est par la violence), peut-on réduire le
    risque de violence physique et "morale" (je préfère psychique?
    Que Dieu soit une fiction pour vous vitale (voir Nietzsche), elle ne peut l'être pour moi, à moins de me refaire le
    coup du pari très utilitariste de Pascal: priez et vous croirez car par le foi vous gagnerait tout (la vie éternelle) et
    vous ne perdrez rien (une vie mortelle donc absurde). En effet je ne désire pas la vie éternelle; car elle est au delà
    du désir, elle n'est même pas imaginable sauf à l'imaginer comme semblable à ce que j'aime, dans la relativité du
    plaisir et de la douleur, dans la relation toujours ambiguë aux autres et à ceux que j'aime, ici et maintenant..

    Ainsi, selon moi, la fiction de l'existence de Dieu n'est pas une illusion, dès lors que vous n'en faites pas une vérité
    objective pour vous et les autres. Si cette fiction est, pour vous, c'est à dire du point de vue de l'économie de votre
    propre désir, une thérapie symbolique efficace contre l'angoisse existencielle, c'est votre droit (subjectif), mais
    vous ne pouvez en faire ni une vérité, ni une éthique universalisables du désir; car son efficacité reste contestable
    (il convient d'en mesurer les effets secondaires négatifs, y compris sur votre propre vie). À moins de croire au
    miracle de la conversion universelle et de convaincre tous les hommes que ce miracle ne peut pas ne pas se
    produire.
    Sylvain reboul, le 05/02/01


De l'absolu comme illusion tragique

C’est précisément parce que l’on vit dans l’imaginaire que l’on se fait tuer pour des idées que l’on croit absolument vraies et donc qui, pour celui qui y croit, méritent que l’on meurt pour elles.

Qui vit dans le réel ne peut être que critique et relativement sceptique quant à la prétendue vérité absolue des croyances. Ce scepticisme relatif signifie le refus de tout dogmatisme (et toute religion de l’absolu ne peut pas ne pas l’être) au profit du pragmatisme intelligent et responsable (ou prudenciel).

Aucune idée juste n’autorise à exiger la mort de qui que ce soit, fusse soi-même. L’héroïsme sacrificiel est une aliénation perverse de l’imagination qui consiste à se soumettre (et à prétendre soumettre les autres) sans conditions à des idées transcendantes qui s’imposeraient à nous au prix de la mort du bonheur ou des plaisirs de vivre, donc de la seule authentique valeur de la vie, sauf à renoncer au plaisir de vivre sur terre, voire à souffrir ci-bas, pour être sauvé, béat, au ciel...

Le tentation tragique au nom d’une idée est une tragique, car mortelle, illusion. elle consiste à croire trouver dans la mort, la valeur suprême de la vie...

"Mourir pour des idées, d’accord, , mais de mort lente... !" chantait Brassens, bien après Epicure et le philosophe-poète Lucrèce.

Le 20/07/07



Le Christ a-t-il existé?

Le Christ ressuscité de la religion dite chrétienne, qui est autre que le Jésus de Nazareth, peut-il exister tout à la fois ou tout aussi bien pour le croyant que pour le non-croyant ; comment en décider et qui peut le faire ?

Si aucune réponse positive argumentée suffisante à ces questions n’est possible, alors la seule conclusion qui s’impose est celle-ci : le Christ ressuscité n’existe que dans l’imagination des croyants précisément chrétiens.

Autant dire que tout débat sur la question de l’existence réelle du Christ ressuscité tourne en eau de boudin..

Quant à celle de Jésus, elle n’a plus qu’un intérêt historique et immanent et non pas transcendant ou métaphysique, sauf à prétendre confondre les deux, comme le font les gardiens du temple qui voudraient que tout évênement sur la terre et parmi les hommes soit commandé par le divin..Ce qui leur est justement impossible de prouver.
Le 19/06/07



La question est donc de savoir en quoi une intuition subjective peut-être admise comme un critère de vraisemblance et/ou de valeur universalisable. S'il est clair qu'aucune intuition subjective ne peut y prétendre, cela vaut encore plus pour l'intuition de Dieu, car encore faut-il "entendre sa voie" et admettre qu'elle nous est nécessaire. Or ces deux conditions sont entièrement réversibles et relatives. Toute culture n'a pas cette intuition, ni cette écoute de "la voie", ni le désir de l'entendre pour soi (pour la faire sienne) et ce qu'il peut y avoir d'universel dans chacune relève de ce que notre désir croit y reconnaître d'universellement désirable et non pas d'un quelconque être transcendant que chacun, du reste fabrique à sa mesure: Pas plus les grecs que les chinois n'intuitionnent dans leur culture respective l'idée d'un être "créateur" et encore moins d'un être sauveur des hommes originellement pécheurs (le rédempteur). De plus le dieu chrétien n'est pas le dieu des juifs et des musulmans qui sur le plan central de l'incarnation s'y opposent radicalement; les chrétiens, en tant que coyants en la divinité du Christ sont pour eux idolatres qui font d'un homme un Dieu, le seul et l'unique, double nature encastrée dans le mystère de la trinité. Et les effets éthiques (valeurs désirables) de l'intuition chrétienne sont autres, voire opposées etc, etc. L'unité des religions est un rêve par nature impossible; sauf un miracle, en effet. Pour parler raisonnablement de la religion il faut partir non d'une unité illusoire mais d'une réalité universellement constatable: leur irréductible diversité et donc leur incapacité à prétendre fonder quelque universel éthique que ce soit.
S. Reboul, le 28/01/03


"Lors de discussions à propos des médecines dites "parallèles", on m'objecte assez souvent que l'essentiel est que "ça marche"."


En effet peu importe si cela marche; sauf que cette médecine placebo peut faire une concurrence nuisible à d'autres dont les effets sont meilleurs et scientifiquement prouvés comme tels en double aveugle.

Il ait des illusions bénéfiques dès lors que la vérité n'est pas scientifiquement connue; En cela la religion a joué un rôle positif dans les conditions du non-savoir: elle a permis aux humains, dépouvus de tout moyens d'action objectivement efficaces de ne pas desespérer face à la souffrance et à la mort.
Mais elle a pour conséquence négative rédhibitoire de refuser la vérité scientifique et d'interdire de la rechercher, car elle se prend pour une vérité et non une simple croyance subjective en attendant...Et ce d'autant plus qu'elle se donne et se réclame (d')un fondement religieux absolu qu'elle considère à tort comme objectif (réllement existant hors de notre imagination): Dieu tout puissant.

S.R le 11/03/04




Dieu est folie pour la raison

    1) Dieu (le christ) est "folie pour la raison dit Saint-Paul"; et pour cause: la trinité, le mystère de la résurrection
    etc.. ne sont pas rationnellement compréhensibles et ne doivent pas prétendre l'être, sinon vous en faites des thèses
    philosoques discutables et non plus des vérités révélées sacrées (religieuses).

    2) Ils ne suffit pas que l'on démontre qu'une thèse est fausse pour qu'elle soit une illusion; il suffit de croire qu'elle
    est vraie pour des motifs subjectifs, alors qu'elle n'est ni démontrable logiquement, ni prouvable
    expérimentalement. La certitude est la marque de l'illusion, non de la vérité rationnelle (critique) objective,
    toujours hypothétique et réfutable (voir K. Popper). Si vous me dites que l'existence de Dieu est une fiction
    crédible; je suis en droit de vous demander au nom de quoi? Aucun philosophe, ni religieux ne prétend plus
    aujourd'hui affirmer que cette existence est rationnellemnt démontrable (du reste de quoi, de quel Dieu parlons
    nous?). Nous le savons, la dernière tentative de Descartes repose sur des paralogismes (S'agissait-il, du reste, de
    preuve?). Si vous me dites que vous croyez en Dieu parce que vous avez envie d'y croire; libre à vous, mais je
    peux vous opposer l'invraissemblance de cette croyance: la survie et/ la résurrection après la mort n'est pas très
    expérimentalement vraissemblable, ni très rationnelle l'idée d'un Dieu qui a créé l'homme libre de commettre le
    péché (le mal) pour pouvoir le punir d'abord et le sauver ensuite et celà par amour (ouf!) etc..



Démocratie, religion et philosophie

On  fait souvent le reproche à la philosophie de critiquer la religion et donc de manquer au principe de tolérence comme si la tolérence supposait l'abandon du principe de la libre critique des idées et comme s'il n'était pas dans les attributions de la philosophie occidentale (et qu'on le veuille ou non, nous sommes des occidentaux et nous n'avons pas a en avoir honte), depuis toujours, de refuser par principe toute idéologie dogmatique extra-rationnelle au nom de la raison et de l'expérience du bien-vivre avec soi et les autres en ce qu'elle a d'universalisable. Je prétends en effet que la religion (que je distingue des convictions personnelles non-rationnelles), en tant que machine de pouvoir idéologique (églises, rituels, dogmes, pouvoir de menace symbolique, voire réelle) prétendant définir le devoir-être pour tous, et donc jouer es qualité un rôle politique, , est aujourd'hui en droit et en fait un obstacle à la définition raisonnable des règles de justice collective et des règles de l'éthique personnelle.

    En droit: rien n'autorise les croyants et les prêtres d'une église à décider du mode de vie des non-croyants, ce
    qu'ils prétendent trop souvent faire dans tous les domaines des grands problèmes de moralité publique:
    l'avortement, l'utilisation de la génétique et des bio-technologiques, les relations sexuelles, voire d'intérêt, la
    représentation du corps etc... Leur seul droit est de montrer en quoi les positions pour lesquelles ils militent sont
    rationnelles, c'est à dire conforme aux conditions générales de la vie démocratique (droits de l'homme), y compris
    du point de vue des non-croyants; dans ces conditions, alors ils n'interviennent plus en tant que religieux, mais au
    titre de citoyens ordinaires raisonnables qui argumentent leur point de vue en dehors de tout allégeance religieuse
    particulière. Et ils doivent accepter de voir leur croyances invalidées en tant qu'argument d'autorité sans fondement
    rationnel universalisable et renoncer au prétendu droit de faire de leur religion un argument politique.

    Dans les faits, notre société n'est plus religieuse, au sens ou elle ne se reconnaît dans aucune autorité transcendante
    pour définir le droit et les valeurs qu'elle se donne; la démocratie confie cette tache aux citoyens croyants ou non.
    Ceux-ci dans toutes les questions de fond se déterminent de moins en moins , dans leur immense majorité (et c'est
    heureux, nous verrons pourquoi plus loin), en fonction de l'autorité supposée d'une église et de dogmes sacrés mais
    en fonction de leurs désirs et intérêts réciproques et de l'expériences partagée des rapports (plus ou moins
    violents, plus ou moins libéraux, plus ou moins solidaires) entre les individus et groupes d'intérêts au delà de toute
    appartenance communautaire et idéologique prédéfinie impérative.

    Or la tentation reste forte pour une minorité organisée, contre certains excès attribués à tort ou a raison à
    l'autonomie, de rétablir une dogmatique transcendante des comportements pour les rendre prévisibles et conformes
    à des valeurs présumées définitives laquelle dogmatique, loin de faciliter le dialogue le rend à terme impossible et
    nourrit la guerre des dieux (Max Weber) qui compromet la possibilité même de la démocratie qui loin d'être la
    tyrannie de la majorité disposant de la vérité et de la morale absolues (sacrées) est le régime du compromis relatif
    et rationnellement fondé sur l'expérience empirique changeante et raisonnée des relations entre les individus.

    Si donc nous acceptons la démocratie, il nous faut réduire la prétention des religions à régir la vie politique au
    profit de la pensée dialectique ouverte au changement ; laquelle n'admet, par définition, aucune vérité d'évangile et
    fait du bien-vivre en semble le résultat d'une construction rationnelle toujours à reprendre à nouveau frais dans des
    contextes de pouvoirs techno-scientifiques, économiques et sociaux et des désirs qu'ils conditionnent (y compris le
    désir aujourd'hui dominant d'autonomie individuelle) qui évoluent sans-cesse et dont nul ne peut croire sans
    illusion , ni violence, contrôler, ni renverser le cours, mais auquel chacun peut contribuer en intervenant d'une
    manière ouverte et non dogmatique au débat public sur la définition des règles de détermination et de réalisation
    des désirs légitimes de chacun. La critique du pouvoir de la religion comme institution d'une dogmatique
    transcendante des idées et des comportements est donc indissociable de la promotion de la démocratie libérale (et
    l'idée d'une démocratie non-libérale est insensée). C'est pourquoi le France a eu parfaitement raison d'écarter la
    formulation allemande dans le Charte européenne voulant se référer aux valeurs chrétiennes, au profit des valeurs
    spirituelles de l'Europe : le déisme, l'agnosticisme, voire l'athéisme philosophiques et politiques sont tout autant
    constitutifs de la culture actuelle de l'Europe que le christianisme et il doivent compter comme des sources
    décisives de l'idée démocratique : au XVIIIème siècle, les droits de l'homme n'étaient pas, c'est le moins que l'on
    puisse dire, précisément revendiqués par les églises chrétiennes ! Et la conversion de l'église catholique aux droits
    de l'homme est très récente !…(Vatican 2)

    La religion appartient au domaine privé et la liberté de culte et d'expression publique doit être garantie ainsi que la
    liberté d'en critiquer les effets idéologiques et comportementaux, ainsi que pour toute liberté d'expression et
    d'association privée (dans les limites du droit libéral ordinaire, voir l'interdiction des sectes). Mais faire de la
    religion une idéologie politiquement déterminante pour décider du droit commun et du fonctionnement de la vie
    politique dans le domaine public est contraire à la laïcité . Un parti religieux n'a donc pas sa place en démocratie,
    mais la tentation est toujours renaissante pour les églises, étant donné l'idée de la vérité universelle qui les anime,
    de se donner une finalité politique et de se faire reconnaître comme acteur politique à part égale avec les partis
    politiques et les citoyens.
    Entre théocratie et démocratie le choix est rationnellement incontournable, sauf à rendre le jeu démocratique
    difficile, voire impossible, car incohérent,; on voit bien certains effets pervers de cette confusion entre politique et
    religion aux USA à propos du droit à l'avortement et dans une moindre mesure en Allemagne à propos de
    l'expérimentation sur l'embryon humain.

    Quant à l'idéologie commerciale, qui domine, en effet, les démocraties occidentales, elle me semble bien moins
    aliénante que l'idéologie religieuse pour l'excellente raison qu'elle autorise (et même implique logiquement) un
    calcul rationnel des intérêts réciproques et la possibilité de choix diversifiés dans l'expression des désirs de
    chacun et cela vaut même aujourd'hui pour les désirs religieux qui s'expriment sur le marché comme tous les autres
    désirs ; alors que l'idéologie religieuse traditionnelle soumet les individus à une puissance surhumaine infinie
    irrésistible dont le pouvoir de punir peut faire que chacun soit condamné à la damnation éternelle sans même avoir
    le droit de se défendre ! et qu' elle exige de croire à des dogmes définitifs, d'obéir à des impératifs incontestables
    (sacrés) et de reconnaître l'autorité absolue morale transcendante des prêtre et de l'église sur les consciences.
    Mieux vaut, selon cette analyse comparative, que les individus fréquentent, en famille, les hyper-marchés, le
    dimanche, car ils peuvent y projeter, plus librement leurs désirs, (y compris parfois leur désir de solidarité, voire
    les collectes organisées en faveur des ONG)°que les églises.

    La philosophie critique, dont je me fais l'interprète, entretient-elle la haine des religions, comme cela m'est
    reproché ?
    La philosophie est l'expression raisonnée du refus radical de toute pensée serve, or la religion traditionnelle close
    est, comme l'affirme Bergson dans " Les 2 sources de la morale et de la religion " un mécanisme "
    d'instinctualisation " de la pensée éthique, en cela qu'elle prétend la conditionner au point que celle-ci n'ait même
    pas conscience de la possibilité de se dérober à ses commandements sacrés ou de les discuter. C'est donc plutôt la
    haine de la liberté de pensée qui est inscrite dans le fonctionnement de la religion, comme toute l'histoire des
    différentes religions nous le prouve, qui provoque la critique philosophique de la religion.


 
Respect des religions et lutte contre le fanatisme.
 

    Toutes les religions sont respectables dit-on, en tant qu'elles expriment toutes des aspirations et des réflexions
    humaines sur le sens et les exigences fondamentales de la vie, dont la valeur est potentiellement universelle ; mais
    nous savons aussi que, bien souvent, les différentes religions n'ont pas respecté les critiques en ou hors d'elle et
    qu'elles ont combattu la libre pensée rationnelle au nom d'une vérité supérieure indiscutable et sacrée, la vérité
    divine, dont elles se sont fait l'interprète exclusif. Est-il possible de penser ce paradoxe et comment peut-on
    réconcilier le respect des religions et la liberté de penser critique ?

    La religion, quelqu'elle soit, se présente toujours comme une vérité révélée aux hommes par un Dieu au pouvoir
    absolu et s'exprime à travers des textes fondateurs sacrés dont le contenu est incontestable et échappe par nature à
    la raison du commun des mortels ; seuls les prêtres et l'église sont plus ou moins habilités à interpréter l'usage qu'il
    convient de faire de ces textes et de ces commandements et, dès lors qu'elle se veut fondatrice de l'humain, il est
    logique qu'elle prétende fonder la politique et la morale. Mais cette prétention exige à son tour que les citoyens
    soient croyants et que l'ordre du monde soit soumis à l'autorité de Dieu et de ses représentants sur terre. Ainsi toute
    religion est instituée en machine de pouvoir spirituel et temporel supérieur à la décision des hommes : la
    théocratie n'est pas soluble dans la démocratie. Quand une religion se trouve menacée dans son autorité sur les
    consciences et les institutions politico-idéologiques elle a tendance à réprimer et à faire réprimer par les pouvoirs
    qui lui sont soumis et dont dépend la légitimité, toute opposition par la violence la plus extrême au nom de la
    vérité absolue dont elle se prétend garante : les mécréants et autre infidèles s'opposent à Dieu et donc incarnent le
    mal absolu (blasphèmes et sacrilèges); ce qui justifie, au nom du Bien, leur destruction et/ou leur conversion
    forcée et la lutte de ceux qui, par le combat contre eux, trouvent la mort devient alors un sacrifice héroïque pour
    laver le sacrilège (la guerre sainte) et faire triompher la justice divine sut terre. Toute religion est donc tentée par
    le fanatisme plus ou moins violent pour s'imposer car elle ne peut par la discussion rationnelle seule, convaincre
    d'une vérité par nature suprarationnelle.

    Mais le sentiment religieux ou la foi des individus et des ensembles humains expriment toujours des aspirations
    éthiques et sociales plus ou moins universelles : non-violence, sécurité, bonheur, salut post-mortem, soumission à
    un ordre juste, autonomie etc.. Or ces aspirations ne sont pas nécessairement compatibles et cette incompatibilité
    vécue exige toujours réflexion, compromis et implique conflit et dialogue avec soi et les autres. Toute religion,
    comme machine de pouvoir, doit donc s'adapter à l'évolution des sociétés pour en contrôler le cours afin de
    préserver son pouvoir sur les consciences ; elle doit pour ce faire interpréter et ouvrir le contenu sacré qui la
    fonde idéologiquement à la discussion rationnelle à un effort de réinterprétation en son sein. le fanatisme est pour
    elle à terme un danger mortel. Si donc tout fanatisme est religieux, y compris les fanatisme prétendument athée dès
    lors qu'ils se réclament de dogmes salvateurs irrationnels indiscutables, toute religion n'est pas toujours fanatique,
    mais elle a tendance à le devenir dans un contexte où son autorité est compromise et/ou elle ne peut répondre aux
    évolutions culturelles et économiques des sociétés sur lesquelles elle prétend exercer son autorité spirituelle. Le
    recul du fanatisme religieux signifie soit le recul du religieux dans la vie politique et sociale et sa mise à l'écart
    dans la vie privée (situation actuelle) , soit sa capacité à prendre en main le changement qui s'annonce en se
    réformant dans un sens favorable aux aspirations nouvelles qu'il met en oeuvre. Mais une religion de la liberté de
    pensée sans rivage transcendant, ni contrôle des consciences est logiquement absurde. Donc toute religion est
    travaillée de l'intérieur entre l'exigence de soumission à l'autorité divine et cléricale et la nécessité d'une évolution
    libératrice. Refuser cette contradiction est donc objectivement pour elle un signe de faiblesse mortelle ; elle
    cherche alors, dans le pire des cas, à le refouler dans l'extrême violence paranoïaque compensatrice et
    narcissiquement enivrante contre la réalité humaine et les aspirations des sociétés au changement et des individus à
    une plus grande autonomie. Du fanatisme idéologique on passe au fanatisme terroriste apocalyptique ; d'une
    politique religieuse on passe à une religion politique ; ou mieux au refus de toute politique, en tant que gestion
    raisonnable des conflits, pour ne plus faire de la terreur sans bornes, au nom de Dieu tout puissant, que le seul
    moyen d'action possible. Dans ce cas les forces de mort sacrificielles et héroïques des autres et de soi l'emportent
    sur les aspirations au mieux vivre ensemble dans un bon usage des contradictions d'intérêts et de valeurs qui
    animent toutes les sociétés et tous les individus. Un monde sans contradiction ne peut être qu'un monde mort et
    vouloir un tel monde c'est semer et désirer la mort de soi et des autres. La pulsion de mort s'impose alors à la
    pulsion de vie. Ainsi une religion n'est respectable que vivante et libératrice, c'est à dire au service de la vie ; le
    fanatisme de la mort est méprisable ; l'intolérance de l'intolérable, à savoir du fanatisme à la rigidité cadavérique
    et criminelle, n'est donc qu'une manière de respecter le sentiment religieux en ce qu'il peut avoir de vivant.

    C'est ainsi que nos sociétés contemporaines n'ont pu s'arracher à cette tentation folle du délire fanatique et
    (auto)destructeur (les guerres de religions, l'inquisition et autres "croisades") qu'en renonçant plus ou moins au lien de
    subordination entre religion et politique et en instaurant les conditions d'une démocratie pluraliste fondée sur les
    droits de l'homme à penser par lui-même (voir Kant : " Qu'est-ce que les lumières) et donc sur la tolérance,
    laquelle implique la libre critique rationnelle (fondée sur la logique et l'expérience universalisable) de toutes les
    opinions, y compris religieuses. C'est en quoi nos sociétés libérales et démocratiques (vote secret majoritaire et
    libertés religieuses et politiques etc..) sont une menace mortelle pour toute les religions traditionnelles qui refusent
    toute interrogation sur elles-même, en elles même et hors d'elle même ; privilégiant la sécurité d'un pouvoir
    immuable hiérarchisé à la souplesse auto adaptative aux conditions et aspirations nouvelles des hommes (et surtout
    des femmes) à la liberté et à l'égalité des droits.
    Mais, en ce sens, la lutte contre le fanatisme politico-religieux n'est pas une marque de supériorité de notre culture
    et encore moins de notre civilisation comme le prétend Monsieur Berlusconi,, car elle traverse toutes les cultures
    et les religions à des degrés divers selon les contextes historiques et culturels et les rapports de forces du moment
    : une     culture n'est jamais figée ni close sur elle-même et c'est par son mouvement réflexif sur elle-même qu'elle
    participe du travail de la raison critique et du développement de la civilisation universelle. De ce point de vue les
    hyper fanatique terroristes sont des criminels dont les crimes, dès lors qu'ils participe d'une idéologie
    politico-idéologique organisée, doivent être considérés comme des crimes contre la civilisation et l'humanité et
    traités comme tels.

    Nous n'avons donc pas plus de gants à prendre contre les Ben Laden, ses affidés manipulés et autres Taliban(s)
    que contre les nazis pendant la dernière guerre. Il faut les vaincre militairement et le plus tôt sera le mieux, car nous
    sommes dans la situation d'un monde ouvert et perméable dans lequel n'importe quels fous fanatiques peuvent faire
    usage d'armes de destruction massive et mettre en danger l'humanité toute entière. Notre premier but raisonnable
    doit donc être d'éradiquer sans faiblesse idéologique et politique le terrorisme en le coupant de son terreau que
    sont ses ressources militaires, ses ressources humaines (le désespoir de ceux qui se sentent humiliés par les
    injustices qu'ils subissent et sont tentés par la vengeance de masse), ses revenus financiers et ses dogmes
    idéologiques sur lesquels il fonde son influence en instrumentalisant les sentiments religieux traditionnels et les
    sentiments d'injustice et d'humiliation vécus par les populations les plus déshéritées, laquelle instrumentalisation
    est mortelle pour toutes les cultures, religieuses ou non, musulmane ou non.


Les droits de l'homme et les dix commandements

Petite remarque historique: présenter les dix commandements comme l’origine (divine?) des droits de l’homme, comme lme font certains  est pour le moins discutable. Les droits de l’homme dans les dix commandements sont liés non au libertés individuelles et politiques, mais à l’obéissance au seul dieu de la religion monothéiste (juive) qu’affirment le premier et le deuxième commandements, en des termes passablement terrorisants

Tu n’auras pas d’autres dieux en dehors de moi.

Tu ne te feras pas d’image taillée, ni aucune figure de ce qui est en haut dans le ciel, ni de ce qui est en bas sur la terre, ni de ce qui est dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles et tu ne les serviras pas; car moi, je suis Yahweh, ton Dieu, un Dieu Jaloux qui punit 1’iniquité des pères sur les enfants, sur la troisième et sur la quatrième génération pour ceux qui me haïsse, mais faisant miséricorde jusqu’à mille générations à ceux qui m’aiment et gardent mes commandements.

En ce qui concerne les derniers;

(Honore ton père et ta mère afin que tes jours durent longtemps dans le pays. Tu ne tueras point.Tu ne commettras point d’adultère.Tu ne voleras pas. Tu ne déposeras pas comme témoin mensonger contre ton prochain. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui appartient à ton prochain), ce sont des règles humaines de bon sens pour réduire le risque de violence dans la cité et ils étaient déjà connus avant et hors les religions monothéistes, chez les chinois et les anciens babyloniens etc..

La seule originalité des dix commandements réside donc dans la soumission inconditionnelle au seul Dieu véritable, à l’exclusion des autres. C’est pourquoi on peut argumenter dans un sens inverse du vôtre: les dix commandements rendent légitime l’intolérance; laquelle interprétation a dominé pendant des siècles les 3 religions monothéistes et c’est suite aux guerres de religions (chrétiennes) que les philosophes ont inventé des droits de l’homme laïcisés c’est à dire sans référence religieuse qui sont aux fondements de notre société démocratique.

Le 28/01/06



La religion fait-elle le bonheur?
Certains scintifiques prétendent avoir démontré que la religion rendent les humains plus heureux et plus pacifiques.
Or cette prétendue démonstration de la nécessité de croire en dieu se retourne comme un gant.

1) En ne donnant que des arguments utilitaires à la foi, elle disqualifie celle-ci de tout contenu de vérité proprement religieux ou transcendant, pour n’en faire qu’une croyance humaine parmi d’autres qui plus est procédant de l’évolution biologique. Elle n’est donc rien d’autre qu’une illusion biologiquement et psychologiquement utile au croyant, comme le sont toutes les illusions.

2) Pour n’en faire qu’une croyance bonne pour le croyant, elle ne mesure en aucun cas l’effet qu’elle peut avoir sur l’incroyant et ne conduit en rien celui-ci à l’adopter en tant que vérité transcendante révélée.

3) Elle évite de se poser la question des conflits plus ou moins violents entre les croyants qui tous se réclament d’une vérité transcendante contre celle des autres et l’incroyance. Elle occulte la question du fanatisme qui n’est rien d’autre que l’expression radicalisée d’une vérité absolue qui refuse de se considérer comme une simple croyance humaine parmi d’autres.)

4) Enfin prétendre que la religion rend heureux ne signifie en rien qu'elle ne soit pas une illusion qui agit dans le croyant comme une drogue plus ou moins douce: si l'on interroge le drogué il prétendra que sa drogue le fait planer et le rend plus sociable, si ce n'était que celle-ci lui est socialement interdite. Le bonheur est affaire de subjectivité et la paix civile de police des comportements et, comme le disait Napoléon, rien de tel que la religion pour faire la police dans les esprits.

Cette position fait donc des sciences biologiques et humaines le juge toujours discutable et faillible de la pertinence utilitariste de la religion, sans aucun caractère impératif dogmatique. Elle démystifie donc la religion; elle est en cela précisément athée, au sens où la religion n’est plus affaire de révélation divine mais n’est qu’un objet discutable et non pas sacré de sciences et de cultures humaines comparées.


De l'athéisme pratique

Certains voudraient nous faire croire que nous ne pouvons pas nous passer de poser une première cause du monde pour que notre vie ait une sens et que l'athéisme serait elle-même une position irrationnelle. Critique de cette fausse symétrrie.

1) je ne vois pas en quoi il nous faudrait une cause première, alors même qu’unemultiplicité de causes aléatoires ferait tout aussi bien l’affaire et même mieux à en juger par ce qu’on peut comprendre de tout évènement.

2) si cause première et donc absolue il y a, en quoi pourrions nous la connaitre en tant que nous sommes des effets nécessairement relatifs, sauf à se prendre soi-même pour cette cause et donc pour Dieu et/ou croire que cette cause première nous aurait été révélée par Dieu lui-même sous le forme d’un mystère irrationnel dont la validité objective resterait à démonter ?

3) si cette cause première a été révélée à quelqu’un , étant donné la pluralité contradictoires des revendications pour occuper cette place, nous n’avons aucun moyen de savoir à qui elle l’a été et qui et/ou quoi elle est .

Conclusion : Dans ces conditions, sauf à décider arbitrairement qui et/ou quoi elle/il est, il vaut meux décider, si l’on veut éviter des conflits insurmontables sur l’’absolu ("guerre des dieux"), ne pas tenir compte de dieu pour mieux vivre avec les autres, et par conséquent avec soi. C’est exactement cela l’athéisme (a privatif) pratique : ne surtout pas se référer à un dieu quelconque pour vivre d’une manière pacifique et sensée les inévitables conflits de la vie. C'est à chacun avec ses moyens de réflexion propres et  ses désirs en relation avec ceux des autres de produire des significations un peu plus cohérentes à ses vies.

"Dieu est le seul être qui n’a pas besoin d’exister pour produire les plus grands malheurs du monde" (Diderot)

Le 21/07/2010


Religions et puissance des rituels

Les  religions ne sont pas d’abord affaire de croyances idéales et encore moins de vérités intellectuelles, mais de rituels physico-symboliques propres à ancrer dans les corps et les habitudes comportementales, dès la plus tendre enfance, des émotions soumises à une discipline imposée par une institution.

Rituels d’humilité, rituels d’obéissance, rituels de fusion collective sentimentale en vue du salut personnel, rituels de codification des comportements éthiques (alliances familiales et sociales) sous une incontestable autorité (sacrée), rituels de conjuration de la mort et et de la souffrance, rituels de consolation psychique etc..
 
Autant dire que ce n’est pas par les seules idées que l’on luttera contre l’aliénation religieuse, mais par l’abandon progressif de ces rituels ou leur désacralisation en cérémonies purement conformistes, sans autre valeur que celle de se réjouir d’être semblables contre les autres...
Le 30/05/201



      L'illusion religieuse
      Retour à la page d'accueil


            Retour à philo et croyances
        Etre et exister (nouveau)
        L'illusion métaphysique
        L'illusion religieuse (textes ajoutés)
        L'illusion naturaliste
        L'illusion moraliste
        L'illusion politique
            Retour à la page d'accueil