Droit à l'avortement, rationalité et démocratie.
 
 

La question du saut qualitatif entre une personne et une "non-encore-personne" est par nature une question de choix d'axiome éthique et non de vérité car elle n'est pas objectivement démontrable comme peut l'être l'existence extérieure d'un objet quelconque; en tant que qualitatif,  ce saut est de l'ordre du jugement de  valeur (devoir être) et non d'un jugement de réalité (être) et il n'existe pas de jugement de valeur qui ne fasse intervenir la subjectivite et la réflexion rationnelle culturellement conditionnées des individus, à tel ou tel moment de l'évolution des sociétes et des valeurs qu'elle reconnaît comme dominantes du point de vue de son fonctionnement pérenne et réducteur de violence, selon la définition elle-même subjective qu'elle en a; c'est dire que tout jugement de valeur (dont celle du saut qualitatif en question) est dans l'absolu arbitraire; mais que dans tel ou tel contexte de valeur, il prend un sens favorable ou défavorable aux valeurs dominantes en évolution et des pratiques qu'elles légitiment. Si l'on admet que les femmes ont droit à l'avortement au nom de la valeur d'autonomie; alors on ne peut reconnaître le foetus comme un personne; sinon comme "une personne potentielle".

Or cette notion de "personne potentielle",  apparrement protectrice de la valeur fondamentale du respect de l'hommre par l'homme, n'implique aucune décision pratique claire concernant l'avortement car elle ne fait que redoubler l'ambivalence des attitudes éthiques liée à un conflit de valeurs que l'on ne veut, ni ne peut trancher (respect de la vie/respect du droit à l'autonomie des femmes quant à leur décision de n'avoir que les enfants qu'elles désirent). Ainsi la seule question rationnellement traitable est de savoir si nous pouvons, dans notre société, à la fois admettre le droit à l'avortement et jusqu'à quand et l'affirmation que le foetus est une personne humaine au même titre qu'un enfant né. Si la réponse est non, alors il faut trancher entre les valeurs libérales appliquées aux femmes (et à tous) et celles qui asservissent les femmes à un statut biologico-social traditionnel spécifique; mais ce dernier "choix", selon mon argumentation, ferait des femmes des exclues de la valeur dominante de nos sociétés libérales: l'autonomie individuelle; et cela, sans justification rationnelle convaincante possible; donc introduirait une incohérence et un trouble dommageables à l'ordre public.

Dans ces conditions, le choix du passage entre le statut juridique de foetus avortable et celui qui ne l'est plus (sinon pour motifs thérapeutiques) est toujours arbitraire; mais qu'il faille un passage juridiquement établi est nécessaire pour éviter un conflit grave qui compromettrait soit les droits de l'enfant futur à travers le foetus, soit le droit des femmes à n'avoir que des enfants désirés. Compromis toujours boiteux et infiniment discutable mais nécessaire pour éviter un conflit de valeurs ("guerre des dieux" comme disait M.Weber) qui menacerait la paix civile; en l'absence d'un argument rationnel suffisant et/ou d'une autorité transcendante supérieure admise par tous et/ou admissible en droit dans une société laïque, un tel compromis ne peut n'être que de l'ordre d'une décision démocratique majoritaire, par définition temporaire.



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