Sur l'éthique irreligieuse de Spinoza
 
 
 
 
 

De quelques propositions de Spinoza qui lui ont valu d'être doublement excommunié et dénoncé comme radicalement athée, voire blasphématoire dans ses propos:

1) Dieu et la nature ne font qu'une seule substance.

2) La nature (Dieu) est infiniment infinie et s'exprime selon des attribus infinis

3) Deux attributs naturels nous concernent et nous sont connaissables (mais pas les autres): l'étendue matérielle et mécanique et la pensée, tout aussi mécanique; les deux attributs s'entre-expriment sans relations de cause et d'effet qui supposeraient le dualisme des substances. Alors que la nature est radicalement moniste.

4) Nous sommes des modes finis de la nature divine qui, elle même, peut se lire sous deux formes indissociables: la nature naturante (l'ensemble des lois mécaniques de production des êtres finis et des phénomènes et la nature naturée (l'ensemble des modes finis). Il n'y a aucune transcendance de l'une par rapport à l'autre; le spinozisme est donc un immanentisme radical qui refuse toute finalité et tout commandement supérieur aux lois de la nature et de notre nature finie.

5) Les hommes sont des phénomènes naturels, tout autant déterminés dans leur actes et leurs pensées par le désir de persévérer dans leur être propre (conatus), lui-même déterminé favorablement et défavorablement par des causes naturelles, que les autres modes finis de la nature. L'idée de libre -arbitre est arbitraire et irrationnelle; dès lors qu'elle introduit l'idée de cause sans cause qui peut se déterminer arbitrairement, en dehors de toute loi rationnelle. Elle est le produit de notre ignorance des causes qui affectent positivement ou négativement notre désir de persévérer et donc d'accroître notre puissance d'agir. Etre et agir ne sont , en effet, qu'une seule et même chose pour tout être naturel.

6) Cette méconnaissance produit l'illusion de notre transcendance, d'autant mieux qu'elle est sous-tendue par le désir illusoire d'être, sous la forme de l'affirmation de l'être humain comme supérieur aux autres êtres de la nature, qui, de fait, réduit notre puissance d'agir en nous attribuant un pouvoir illusoire transcendant et donc décevant sur notre nature dans la méconnaissance des causes et des effets immanents qui seule peut nous permettre d'agir en vue de ce qui nous est utile (utile à l'accroissement de notre puissance d'agit et donc à l'affirmation active de notre conatus)

7) Si les hommes sont des êtres de désir (appétits rendus plus ou moins conscients), ils ne sont pas libres de choisir entre le bien et le mal, car il sont déterminés par leur désirs (plus ou moins passionnels) et les causes qui les affectent qu'ils ne connaissent pas spontanément (en cela les passions sont naturelles) ; ils ne peuvent se libérer (relativement) des passions illusoires (désirs aveugles contre performants) que par la connaissance de ces causes  et donc des conditions objectives et subjectives favorables de la puissance de notre désir d'être efficace sur le monde et sur notre attribut sensible et intellectuel expression de notre attribut corporel, dont chacun de nous est un mode fini dans la nature infinie.

8) Ainsi l'idée de péché, de faute morale, impliquant le libre-choix du mal et le sentiment généralisé de culpabilité subjective qu'il entraine n'a aucun sens positif; ce sentiments n'est qu'une passion triste qui provoque la honte et la tristesse généralisée effet et cause de notre impuissanse (conscience malheureuse).

9) Savoir ce qui nous détermine positivement dans nos rapport aux autres (justice et amitié) et à nous mêmes est la condition de toute action libératrice du désir d'être.

10) Le but de la vie est alors de transformer nos passions tristes (illusoires), en exploitant certaines passions gaies (par exemple amicales qui s'expriment dans le dialogue) en désirs actifs et joyeux (lucides) et le moyen est de se connaître (se reconnaître) dans l'ensemble de la nature infinie comme mode fini (conatus) temporel de celle-ci dont l'idée est inclue dans son éternité immanente; ce que Spinoza appelle l'amour intellectuel (et non pas passionnel) de Dieu et/ou de la nature, laquelle nous met sur la voie d'un mode intuitif de connaissance de notre éternité en dieu ou la nature (vis-à-vis duquel je décroche pour ma part).

La boucle est ainsi bouclée: se (re)connaître comme être naturel suffit à bien-vivre (bien agir) dans la nature et selon sa complexion propre (combinaison singulière de vitesses et de mouvements corporels et spirituels), comme mode fini de (dans) l'éternité de la nature infiniment infinie. L'éthique de Spinoza est irreligieuse en cela qu'elle ne reconnaît aucune morale transcendante, aucun commandement divin qui exigerait des hommes une soumission inconditionnelle, aucun péché, ni faute morale, aucun impératif  catégorique, aucun culte rituel en vue de salut. Elles se veut une simple régulation raisonnée de nos désirs en vue de réduire le malheur ici-bas, dans la nature.


Spinoza et la liberté
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