De la souffrance

S'il nous faut distinguer souffrance et douleur, cela ne signifie pas, me semble t-il, qu'il faille distinguer le corps etl'esprit mais que le sujet souffrant vit la douleur du corps désirant et pensant, donc conscient de lui-même, comme indigne et dégradante car il la subit sans pouvoir s'y affirmer comme valeur, réduit à l'état d'instrument par et pour les autres et/ou les circonstances qui mettent hors jeu toute autonomie désirante possible.

Par contre la douleur peut-être valorisante dès lors qu'elle signifie pour le corps-sujet désirant et conscient de lui-même, à tort ou à raison, sa montée en valeur et en puissance (voir chez le sportif et/ou le mystique-martyr et/ou la femme qui accouche: "tu accoucheras dans la douleur...")
Si toute douleur du corps-esprit n'est pas souffrance, toute souffrance est douleur du corps pensant.

La souffrance est bien un refus de la douleur mais dans l'impuissance à s'en libérer; le sujet est mis hors jeu par sa douleur; il n'en est plus que l'objet, par delà les circonstances qui l'ont provoquée. La souffrance est toujours l'indice d'une perte: la perte de soi comme puissance d'action. Au sens de Spinoza, elle est tristesse et celle-ci peut être telle qu'elle provoque le désir de mourir comme délivrance du monde et de soi.

Le héros et le martyr croient trouver dans la mort sacrificielle et volontaire l'affirmation de leur puissance d'agir envers et contre tout; le déprimé veut simplement en finir avec une vie désertée par l'amour de soi. Quant à l'homme ordinaire, que certains méprisent, il renonce à la toute puissance en limitant ses objectifs à ce qui lui paraît souhaitable et possible pour réduire la douleur, dans le recherche des seules causes sur lesquelles il peut encore agir; en cela il est prudent, au sens d'Aristote.



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