Principes du droit libéral et philosophie pragmatique

Est pragmatique toute attitude de pensée qui juge la valeur des idées aux résultats positifs de leurs applications concrètes.

Or sur un plan politique cette positivité se mesure aux effets sociaux de pacification des conflits et de négociation positive qu’elle rend possible; ainsi les principes régulateurs de la démocratie pluraliste tels que le respect des droits de l’homme et des libertés individuelles, de la réciprocité contractuelle, de l’égalité des hommes et des femmes etc.., sont des principes régulateurs pragmatiques pacificateurs. Et les refuser sous prétexte de pragmatisme relève d’une idéologie politique de fait dogmatique qui ne peut, dans nos sociétés, que déboucher sur le chaos politique. On le voit aujourd’hui à propos de CPE dont ni le contenu ni la méthode suivie pour l’imposer ne sont pragmatiques..sauf pour ceux qui n’ont rien compris au pragmatisme politique.

Mais certains, par contre, considèrent que toute référence à des principes généraux d'action (exemple: l'égalité des droits) est nécessairement anti-pragmatique, or cela est faux: le pragmatisme politique (et démocratique) ne consiste pas à nier les droits des autres pour réussir car cela ne peut conduire qu’à la violence, ce qui est socialement et même économiquement dans une économie de marché un échec, mais à permettre à chacun d’avoir le maximum de chance et de puissance de négociation pour réussir dans la vie sans nuire aux autres.

Ceci suppose des règles du jeu justes, à savoir qui instaurent une égalité de droit et des conditions minimales de mettre en oeuvre ces droits dans l’application nécessaire d’un égal droit à rechercher le bonheur avec quelques chances de réussite (cf:constituion américaine). Ce qui ne veut pas dire un égal droit d’y parvenir.

Prenons un exemple très simple: nul ne conteste que l’esclavage avait de gros avantages pour les producteurs et la production du coton dans les états du sud aux USA au moment de la guerre de secession; mais l’abolition de l’esclavage était aussi un principe pragmatique général (valant pour tous) dès lors qu’il prenait en compte le droit de chacun à la liberté maximale compatible avec celle des autres en vue de cette réussite.

On ne peut donc séparer la pensée pragmatique de la question des principes et des règles de droit qui permettent son exercice sans violence ni domination despotique des uns sur les autres.

Or le CPE introduit une inégalité des droits, voire un prétendu droit au non respect de l’employé au profit de l’employeur. Ne pas devoir motiver un licenciement qui met fin à un contrat mutuel, c’est s’autoriser ou être autorisé à rompre un contrat d’une manière arbitraire et unilatérale sans avoir à répondre de cette rupture vis-à-vis de son partenaire, transformé alors en simple objet de droit. Le CPE n’est en rien pragmatique; il est justement idéologique au sens où il prétend faire servir le pragmatisme sans tenir compte des conséquences nuisibles sur la vie sociale qu’il peut générer.

Ces soi-disant défenseurs de la pensée pragamtique ne  semblent  pas connaître la philosophie pragmatique qui, au contraire de ce qu'ils suggerent, est plus complexe qu'ils ne le disent, car elle met toujours en confrontation le critère de la réussite avec la question des savoir si ce critière vaut pour tous ou seulement au profit des uns et aux dépens des autres. Sur le plan politique, en effet, le critère pragmatique par excellence est la paix civile qui impose, dans nos sociétés démocratiques, l’égalité des droits comme principe régulateur de nos actions et des contrats mutuel qu’elles impliquent. Ce que brise le CPE, c’est précisément le pragmatisme universaliste et donc politiquement pacifique.

Mais peut-être ma position est-elle par trop subtile et rigoureuse pour convaincre ces prétendus pragmatiques, par rapport à celle qu'ils proclament d'une manière irréfléchie, à savoir celle pragmatisme aveugle et irresponsable aux conséquences politiques des actions et comportements, ce qui en fait une position rigoureusement vide de sens.

Ce en quoi elle me paraît être une simplification idéologique qui ne peut convaincre que ceux qui se sentent assez forts pour croire à tort qu’ils peuvent sans risque, dans nos sociétés libérales, faire valoir leurs droits aux dépens des autres.


Les origines de la pensée libérale

Page d'accueil