Post-vérité et démocratie


De la prétendue post-vérité


L' idéologie de la prétendue "post-vérité" ne réside pas seulement dans l'art de mentir, c'est à dire de masquer et/ou travestir les faits que l'on connait pourtant, afin d'accréditer une position idéologique contraire aux fait. En cela le menteur reconnait par son mensonge même la réalité des faits.


L'idéologie de la "post-vérité" affirme, au contraire, comme une vérité, sans crainte du paradoxe, que les faits contraires aux délires de ses adeptes sont des fictions inventées pour leur nuire et qu'il sont, dans leur réalité objective, si tant que celle-ci puisse exister, selon eux, indépendamment de leur interprétations, inconnaissables.


S'il n'y a plus de faits objectivement déterminables possibles en faveur d'une position ou d'une autre contraire, on peut alors affirmer sans mentir que le réchauffement climatique est une invention des chinois ou que les vaccins, non seulement n'ont aucun effet de prévention des maladies, mais en créent de nouvelles plus dangereuses encore que celles qu'ils sont censés éviter, sans même avoir besoin de se référer à des études statistiques rigoureuses. Il n'y a donc pas de débats rationnels possibles pour tester telle ou telle interprétation, en particulier dans le domaine où cette idéologie fleurit le plus, celui de la démocratie politique.


L'idéologie de la post vérité sert donc à retourner la démocratie contre elle-même en vidant le débat citoyen de toute pertinence. Tout peut-être dit et son contraire, le seul critère paradoxal de la vérité de la post-vérité est que celle-ci conforte les préjugés narcissiques de celui qui ne peut les abandonner sans se croire affaiblit dans l'amour qu'il se porte à lui-même vis-à-vis des autres qu'ils cherche à séduire.


Cette séduction constitue en effet son seul faire-valoir.



Démocratie et vérité.

La démocratie ne va pas sans l'exigence de vérité qui seule peut éclairer le choix des citoyens en connaissance des faits, de leurs de cause et des conséquences de leurs choix. Or l'idéologie de la "post-vérité" ne se contente pas de dire que l'interprétation des faits peut être sujette à débat, mais que les faits eux-mêmes n'existent pas et/ou sont des fictions, produites par le discours qui les énoncent. En cela, selon elle, il n'y a pas de faits "objectifs", tout est affaire de croyances personnelles et subjectives, c'est à dire des représentations passionnelles qui les sous-tendent.

Il suffirait, selon cette idéologie de la "post-vérité", de persuader les électeurs, contre tout savoir véridique des faits, en manipulant les peurs, voire les angoisses les plus délirantes, les préjugés nationaux, religieux, raciaux ou sexistes pour que le succès en politique devienne la sanction d'une prétendue vérité devenue collective dont se réclament tous les aspirants-dictateurs populistes. Ainsi cette idéologie de la "post-vérité" ne peut pas ne pas se donner faussement à voir comme une vérité.

Mais cette illusion de vérité ne peut pas ne pas se dénoncer elle-même, à terme, comme contraire aux aspirations et aux intérêts de ceux qui l'on soutenue et qui en expérimentent les conséquences réelles et factuelles. C'est certainement ce qui va se produire pour les électeurs de Trump qui, pour certains, ne peuvent pas ne pas déjà s'apercevoir qu'ils ont étaient trompés par celui qui prétendait combattre l'élite économique et financière, en leur nom et pour leur bien.

Ceci dit, cette désillusion risque de générer chez les électeurs un doute radical sur la démocratie elle-même, lequel peut décrédibiliser celle-ci au profit d'une dictature politico-religieuse ou nationaliste qui abandonnerait tous les principes de la démocratie, à commencer par les droits humains et les libertés fondamentales.

Le déni de la vérité est une trahison de l’idée démocratique, la démocratie électorale se transforme alors inéluctablement en « démocrature » démagogique, c’est à dire en

tyrannie majoritaire.


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