L'individu est
l'être
humain en tant qu'il est construit et la personne est l'être
humain
en tant qu'il participe plus ou
moins consciemment et donc
d'une manière plus ou moins autonome (stratégie
personnelle)
à cette construction.
Sujet passif, sujet actif;
an soi, pour soi (Sartre): les deux faces d'une même
médaille.
Etre c'est agir et l'agir
réside dans le désir d'être pour les autres et pour
soi.
Défendre l'individu, ce n'est pas
défendre
l'égoïsme exclusif; c'est considérer que dans notre
société, on ne peut
prétendre fonder les relations aux autres
que sur la décision des individus-sujet, eux même, qui
à
ce titre sont actifs
et donc des personnes. Ceci dit, cette
individualisme
éthique peut trouver son fondement théorique dans le fait
qu'un individu n'est ni purement passif (pure
victime),
ni purement requis et/ou soumis à des injonctions qui lui
paraissent transcendantes et/ou transcendentales
sociales, religieuses et éthiques, mais que tous ses
comportements
supposent toujours une interprétation
personnelle
minimale plus ou moins réfléchie de la situation et la
mise
en
oeuvre d'une stratégie plus ou moins
efficace,
afin de gérer, sinon résoudre les conflits de
désirs
et de valeur
qu'elle génère dans tous les cas:
en cela un individu se construit; il n'est jamais donné et sa
cohérence
est toujours
problématique.
La passivité ne peut en aucun cas, sinon
dans un organisation qui prétendrait illusoirement asservir
entièrement
les
individus, valoir comme critère positif
d'individualisation;
et même dans ce cas, le sujet qui se soumettrait sans
condition ( à son Dieu, à son chef,
à une morale etc..) ne le ferait que parce qu'il s'en trouve
valorisé:
la
conscience de soi implique logiquement le "pour
soi", comme disait Sartre (à quoi je préfère, le
désir
de se
reconnaître (Hegel)), y compris en cette
obéïssance,
en tant qu'elle reste autonome, au sens où cette
obéïssance
est vécue
comme "volontaire" et consciemment désirable
car valorisante.
C'est dire que la revendication à
l'autonomie
de l'individu est toujours impliquée par la conscience de soi;
mais
qu'en l'absence de transcendance impérative
indiscutable, en l'absence d'une religion hégémonique
(comme
machine de pouvoir et de contrôle sur les
consciences), en l'absence d'une menace et d'une promesse post-mortem
socialement indiscutable (enfer et paradis, jugement
dernier etc..), les sociétés libérales,
pluralistes
et à évolution
rapide ne peuvent fonder la paix civile et l'ordre
public que sur le respect de cette autonomie devenue ouverte et
disponible aux désirs personnels de chacun
et à des stratégies vitales et relationnelles
contractualisées
dont le
bénéfice est et doit être
recherché
en ce monde ci, pour nous et ceux qui nous suivront. Que cette exigence
de
personalisation des vies (être soi-même,
plus ou moins différent des autres), dans le contexte d'une
compétition
en
vue de la reconnaissance, soit une source d'angoisse
et de réactions dépressives est indiscutable; que
l'esprit
communautaire et fusionnel régresse, il faut
en prendre son parti sauf à désirer un retour au
religieux
comme
fondement du social et du politique qui serait en
effet catastrophique car nécessairement hyper violent et
totalitaire
(à moins d'une conversion miraculeuse
universelle);
nous sommes "condamnés" à la liberté individuelle
auto-fondatrice (encore Sartre) comme fondement
éthique des relations aux autres et à nous même: il
s'agit d'un
problème de cohérence
stratégique
dans un contexte qui n'autorise aucune autre possibilité hormis
celle de se
replier dans une communauté plus ou moins
sectaire et/ou criminelle. Des conventions de coordination, de
reconnaissance mutuelle, et de non-violence et une
régulation explicite (légale) des libertés sont
nécessaires
et du
reste sont en permanence produites par
décision
formelle (lorsque les conventions ne fonctionnent plus ou sont
contestées) ou mimétisme informel;
mais ces conventions sont révisables et donc toujours
provisoires.
C'est cela
le libéralisme éthique et politique;
Mais il a un coût: obliger chacun à penser sa vie et ses
désirs
d'une manière
rationnelle pour mieux les vivre dans ses relations
aux autres et à lui-même. Le refuge dans la
passivité
et
l'obéïssance aveugle
dépersonalisante,
le refus de jouer le jeu individualiste (se vouloir sujet autonome)
génèrent
nécessairement l'exclusion et la
discrimination
(auto)destructrices.
En cela se vouloir autonome et sujet-actif de sa
vie, en tant qu'individu, est le seule façon d'être
heureux
dans notre
société ; mais il est clair qu'encore
faut-il que les conditions sociales et économiques rendent cela
possible pour
tous.
Ainsi, cette conception de l'autonomie de l'individu n'est pas
la seule possible et réelle; puisque quil faut prendre la peine
de distinguer les formes de cultures: elle ne vaut que dans les
sociétés
libérales qui nous autorise, par son individualisme même,
à en contester les fondements idéologiques, au contraire
des autres. Mais que certains soient contre le libéralisme
individuel
tout en l'utilisant pour le dénoncer est paradoxal. C'est le bon
vieux paradoxe d'Epiménide le crétois.
De fait, en d'autres contextes socio-culturels qui privilégie
la vérité religieuse révélée aux
dépens
d'une vérité expérimentale et pragmatique à
construire et donc toujours contestable, la conscience de soi comme
valeur
peut prendre la forme de l'obéïssance . Cette conscience de
soi n'élimine pas le soi dans le sacrifice: à preuve le
sens
de l'honneur est universel, mais le positionne autrement: le soi est
dans
son dépassement soi-disant admirable que chacun est
appellé
à incarner aux yeux des autres et à ses yeux: le
déshonneur
est alors la pire des malédiction. Mais l'autonomie
réside
justement dans l'effort de dépassement et
d'obéïssance
qu'implique ce code de l'honneur. La conscience de soi est en effet
fondée
sur la pression et les valeurs sacrées du groupe; mais elle est
présente.
Ce fondement vaut-il mieux que cette absence de sens préconstruit et transcendant qui définit nos sociétés modernes et libérales? Non car, c'est un simple probléme de cohérence: une société qui n'offre aucun préconstruit stable et qui a aboli la religion comme fondement de lien social ne peut se donner d'autre valeur que celle de liberté individuelle; dans ces conditions personne n'a le choix de vivre en une autre culture car, et même si cela était possible, nous serions et serions perçus comme des occidentaux plus ou moins critiques qui restent des étrangers de par leur démarche, car ils ont choisi de vivre autrement
Enfin la philosophie occidentale, par sa démarche dialectique
est justement cette ouverture critique à l'argumentation
rationnelle
qui nous a conduit très progressivement là où vous
savez: la mort de Dieu en tant que fondement sacré de
l'autorité
sociale et éthique collective. En cela, elle est plus du
coté
du changement culturel que de sa préservation peureuse.
De plus, sur le plan personnel, une plus grande autonomie passe
nécessairement
(et pas uniquement) par ce dialogue avec soi-même sur les
principes
de vie qu'est la réflexion philosophique qui permet de commuer,
dans le meilleur des cas, le doute subi en doute actif éclairant
nos sollicitations contradictoires et de poser la question de
l'authenticité
de nos désirs. Il convient pour cela de rappeler la distinction
de Spionoza entre la passion et le désir; plaisir passif qui
nous
vouent à la dépendance et plaisirs ou joies actifs qui
accroissent
notre puissance d'agir (marge de manoeuvre et efficacité) en
quoi
réside pour moi la seule autonomie très relative et
toujours
contextualisée possible.
J'ajoute du reste que les cultures et les individus qui
n'évoluent
pas en ce sens aujourd'hui et qui refuse la philosophie quelqu'en
soient
les motifs religieux ou personnels, paraissent incapables de
s'adapter
à la mondialisation et à la forme de
société
areligieuse et pluraliste qu'est la société moderne par
opposition
aux sociétés communautaristes; ainsi qu'aux exigences
vitales
pour elles que sont de développement matériel et
démocratique
que la mondialisation leur impose pour éviter la misère,
la violence extrême et la perte de soi, sauf à accepter
les
inégalités et l'aliénation dépressive.
L'esprit des terroristes explose et il se font logiquement sauter en
massacrant les hommes, incarnation du mal confondu avec la
modernité,
et la réalité paradoxale à laquelle ils ne peuvent
échapper. L'espèce humaine ne peut plus échapper
à
son universalisation pluraliste et démocratique donc
politiquemenrt
a-religieuse. Entre les taliban est nous la coexistence est impossible,
car, de par leur logique passéiste et donc fermée
à
la réflexion critique et auto-critique, ils se condamnent, dans
notre monde, à l'usage de la violence extrême aux
conséquencesimprévisibles.
Ils sont des fous dangereux pour nous et les peuples du monde et leur
rêve
de mort paradisiaque n'est pas fait pour nous rassurer sur leurs
intentions
dans ce monde çi.
Le défense de l'individu agissant et
pensant par lui-même (Kant), celle de la société
libérale
et de la philosophie sont une seule et même décision.
Le seul but d’une société libérale, laïque
et pluraliste possible est le justice, à savoir la mise en oeuvre du
droit au bonheur et à la liberté de chacun, lequel ne dépend pas d’un
sens commun transcendant de la vie des individus (à ce sujet aucun
accord n’est ni possible ni souhaitable) mais du désir de chacun de se
sentir solidaire des malheurs des autres et de leur accorder les mêmes
droits réels que ceux dont il désire jouir pour lui-même. Si,
pour certains, la fête collective pour la fête fait partie du bonheur
c’est leur droit et nous n’avons pas à en juger au nom d’une morale
supérieure qui n’aurait de sens que pour nous, sauf à croire que notre
morale serait la seule authentique et devrait devenir celle des autres.
Seul chaque individu peut juger du bonheur qui est le sien. Tout
autre sens qui prétendrait définir un bonheur collectif commun et/ou
une éthique du bonheur obligatoire (salutaire) serait religieux et
partant liberticide. Il faut se faire à l’idée que nous sommes dans une
société libérale donc individualiste; ce qui ne veut pas dire injuste
ou dépourvue de sens de la solidarité mais ce sens ne signifie en rien
une vision universelle du bien vivre en commun. Vivre
avec les autres ce n’est pas vivre pour les autres d’une manière
indifférenciée, ni même vivre ensemble avec n’importe qui un projet
commun de vie; c’est vivre pour soi dans le cadre des meilleurs
rapports possibles avec les autres. Si ont construits des projets
collectifs, ceux-ci doivent être choisis comme doivent être choisis
ceux avec qui nous les poursuivons dans un cadre contractuel. Que tous
aient le droit à cette autonomie est le seul immanent possible dans un
société qui n’est plus une communauté, car elle n’est plus religieuse
et donc unie dans ses valeurs éthiques positives (vision du Bien)
Le 07/04/06