Paut-on abolir le hasard?
À propos du sujet donné au concours général de philosophie en 2013

Peut-on abolir la hasard?

On parle de hasard lorsqu'un événement ou un fait est imprévisible et donc toujours surprenant et laisse le sujet de la connaissance et de l'action impuissant face à ce fait ou événement.

Le hasard peut être subjectif, ce qui veut dire qu'il est lié à une situation d'ignorance des causes d'un fait (ou de faits) qui fait que nous ne pouvons prévoir, ni maitriser la situation qu'il(s) génèrent..

Le hasard peut être objectif à savoir que l'aléa ou l'imprévisibilité de faits ou d'évènement objectifs tient à une configuration réelle ou objective de la causalité productrice de ces faits ou évènements telle qu'elle est multiple et que chaque cause individuelle est réellement indépendante des autres (Cournot) dont le total constitue la rationalité » des faits ou évènements. Mais il y a un autre sens objectif du terme de hasard qu'exprime la notion de structures objectives non linéaires ou dissipatives qui rendent le fait ou de l'évènement objectivement non prévisibles quelle que soit notre connaissance des conditions initiales de leur production. En droit on pourrait admettre que cette connaissance puisse être infinie de telle sorte que l'on recouvrerait la prévisibilité mais dans les faits cette connaissance est objectivement impossible sinon en terme de probabilité. Il s'agit alors d'un hasard subjectif produit par la structure déterministe même de la réalité connaissable.

Il va de soi que dans le sens subjectif de ce mot, abolir la hasard suppose soit le progrès infini de la connaissance, soit, par un coup de force irrationnel, admettre l'existence d'un savoir et d'un pouvoir absolus supérieurs auquel nos prières pourraient s'adresser pour faire en sorte que, grâce à sa puissance magique infinie, ce pouvoir réponde à nos désirs. Dans le sens objectif et à notre échelle, abolir, comme si abolir le hasard pouvait être l'effet d'une décision volontaire toute puissance, ou, pour le dire mieux, c'est à dire sans illusion, , limiter le hasard, n'a aucun autre sens rationnel que d'agir sur la structure de productions du fait ou de l'évènement  de telle sorte qu'ils ne soient plus ultra-sensibles aux conditions initiales, mais uniquement sensibles aux conditions artificielles et concordantes que nous leur imposons en vue de les rendre prévisibles (au moins au sens de probabilité positive), c'est à dire stables et reproductibles.

En cela la seule liberté non-illusoire ou non-magique résiderait dans cette puissance technique d'agir qui consiste à contrôler les conditions initiales du fait ou de l'évènement pour éviter ou limiter le hasard objectif déterministe afin de transformer la causalité complexe en causalité volontairement simplifiée, en réduisant, autant que faire ce peut, les situations d'indétermination déterministe qui rendent toute action nécessairement aveugle quant à ses conséquences. La seule liberté authentique serait donc dans notre puissance de connaître et d'agir techniquement pour simplifier artificiellement le réel en vue de réaliser nos désirs (qu'il ne faut pas confondre avec nos passions).

Sylvain Reboul, le 06/04/2013


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