Sortir par le haut de l' affaire Cahuzac.

L'hystérie collective qu'orchestre habilement pour faire l'audience une partie des médias à propos de l'affaire Cahuzac mérite que l'on s'interroge sur ses symptômes et ses causes réelles ou imaginaires .


Il est deux manières de traiter cette affaire:

- Soit on peut faire de Cahuzac un bouc émissaire et une arbre qui cache la forêt pour dédouaner le cours normal des choses et masquer la collusion entre la puissance économique et la pouvoir politique qui est au cœur de la défiance des électeurs vis-à-vis de la démocratie réelle.

- Soit on peut faire de cette affaire un révélateur de ce cours quasi-normal de corruption de la démocratie en système capitaliste pour en changer les conditions de possibilité et de contrôle.


On a tôt fait, dans une certaine presse, de faire de Cahuzac le révélateur de la corruption des responsables politiques de gauche ou de droite dans leur ensemble par un amalgame contraire à au principe du droit libéral de la responsabilité individuelle, sans se demander en quoi tous serait responsables du délit spectaculaire d'un seul. Il va, en effet, de soi pour ces faiseurs d'opinion, que tous les membres de l'exécutif, à commencer par le président de la république aurait dû connaître la faute de Cahuzac et par conséquent ont, soit été victimes de la incompétence en cas de non-savoir, soit ils en étaient informée et ont donc essayé de la couvrir en connaissance de cause pour s'en faire les complices.


Ces deux hypothèses au fond ne sont qu'un argument cosmétique au service de la deuxième alternative du savoir collectif: le savoir absolu de nos dirigeants est de droit puisqu'ils ont le pouvoir suprême. Ils ne peuvent pas ne pas savoir ce que font ses membres et donc sont forcément coupables de les avoir coopter ou nommer à leur poste, à commencer par ce monarque électif de droit divin, sécularisé par la Vème république, qu'est le président de la république.


Or la république implique la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire et donc interdit à un membre du pouvoir, fusse-t-il président de la république, de juger, au lieu et place d'un procès fondé sur des preuves avérées par la procédure elle-même, de la culpabilité d'un individu, fusse-t-il ministre. Selon ce principe, l'inculpation judiciaire d'un responsable politique peut seule, hors une faute politique avérée dans le cadre de la mission qui lui a été confiée, mettre fin à un mandat ou à une responsabilité politique.


Sur ce plan, rien ne peut être reproché à François Hollande. Quelle qu'ait son intime conviction, elle ne pouvait valoir d'inculpation judiciaire. Par la séparation des pouvoirs qu'impose le droit libéral il ne pouvait condamner politiquement Cahuzac et donc le démissionner pour un faute personnelle qui ne fait pas l'objet d 'une inculpation et encore moins le condamner politiquement hors toute procédure judiciaire. Cela ne veut pas dire que les médias n'auraient pas le droit d'investiguer le cas en question pour faire de la cible de leur enquête un coupable hypothétique, au contraire, car cela est nécessaire au fonctionnement équilibré de la justice face au risque de protection qu'exercerait le pouvoir exécutif sur ces membres et/ou exécutants.


François Hollande, dès lors que l'inculpation judiciaire était prononcée, n'a pas tenté comme dans d'autres cas nombreux semblables avant lui, de faire que Cahuzac y échappe. Il n'a en aucune manière fait obstacle ou entravé la marche de la justice. Il a donc agi comme il le devait en demandant à celui-ci de démissionner de son poste dès lors qu'il était inculpé.


Mais il doit faire plus encore, comme il vient de s'y engager. Derrière le cas Cahuzac se pose le problème politique général de la corruption de la politique par le pouvoir financier, lequel problème est inhérent à toute démocratie représentative sur fond d'économie capitaliste de marché et a été au centre de son discours du Bourget et de l'engagement politique pour lequel il a été élu. C'est sur cette promesse de combattre la corruption de la démocratie par le pouvoir financier ainsi que l'évasion fiscale qu'il faudra juger le président de la république et des ministres et non pas sur ce qu'il croyait savoir ou ne pas savoir de la faute personnelle à signification éminemment politique de son ministre du budget, dès lors que celle-ci et d'autres ne sont pas encore juridiquement soupçonnées et a fortiori avérées.


Le mensonge de Cahuzac ne fait pas de ceux qui ont pût y croire de bonne foi des complices. Ce qui en ferait des complices, ce serait que les responsables politiques de tous les niveaux, qu'ils aient crû ou non à ce mensonge, ne répondent pas politiquement par une régulation appropriée de la finance qui commence par s'attaquer en vue de les éradiquer aux paradis fiscaux et par un contrôle efficace de l'évasion fiscale à la signification politique délétère pour la démocratie de ces faits de corruption et d'évasion fiscale. En cela la faute Cahuzac ne doit être traitée comme un arbre solitaire sur lequel on s'acharne médiatiquement pour cacher la forêt, mais comme une occasion opportune de traiter la question politique de fond des relations pour le moins perverses quand elles deviennent fusionnelles entre le pouvoir politique et celui de l'économie.

Le 08/04/2013


Commentaires:

Objection 1: « Alors sortir par le haut consisterait pour les deux chefs cités de démissionner pour faute lourde »

Réponse: 

1) Les responsables ne peuvent être que ceux qui ont commis le faute et non pas ceux qui ont crû, en toute bonne foi, à l’honnêteté des coupables.

2) La méfiance a priori ne permet aucun travail d’équipe et il ne suffit pas de croire ou de se douter qu’un homme est coupable pour le juger et le sancrionner

3)  Il ne suffit certainement pas de condamner le coupable, ce que Hollande a fait, dès lors que la a fait l'objet d'une procédure d'inculpation, mais il faut changer les conditions qui ont rendu cette faute et le mensonge possibles. Sinon les même causes auront les même effets.

4) Ne nous trompons pas : nul n’est un saint, si tant est que l’on croit encore à la sainteté. La faute est toujours possible, il faut la rendre plus difficile et plus couteuse.


Objection 2: Dans votre raisonnement, ce que je récuse — si vous me le permettez — c’est que vous faites l’impasse sur les responsabilités... des responsables qui nous la jouent à la « Pons Pilate ». Si vous êtes leurs amis, je comprends votre élan affectif pour les défendre, mais de droit, la cause n’est pas défendable.

Réponse:

Il ya plusieurs niveaux de responsabilité :

1) Sur le plan juridique il ne peut y avoir amalgame automatique a priori et entre les individus qui ont fauté et son entourage familial et/ ou amical , sauf à introduire en droit une responsabilité collective qui par exemple punirait la femme et les enfants ou les proches de qui à fauté sans qu’ils soient démontré qu’ils soient complice de la faute. Dans votre exemple je ne pense pas que le patron de la compagnie aérienne soit poursuivi car il n’est pas censé avoir commandé le détournement, ni même avoir été informé à l’avance de celui-ci.

2) Sur la plan politique, la seule responsabilité d’un gouvernement de la république est de tout faire pour que la faute d’un des siens, si faute il y a , soit poursuivie par la justice et de refuser toute entrave à la procédure ce qui ne semble pas le cas ici, contrairement par exemple à l’affaire Bettencourt/Woert sans compter le affaires sous Mitterrand, Chirac et de Gaulle. C’est le rôle qu’impose la séparation des pouvoirs en république. L’exécutif n’a pas a juger ni à sanctionner n des siens en l’absence de procédure juridique sauf à se substituer à le justice ce que Hollande s’est interdit à ,faire pour un raison de principe..Tout ministre inculpé doit être démissionné, ce qui a été fait instantanément dans le cas Cahuzac

3) Sur le plan moral, établir un responsabilité d’un proche sans savoir s’il y a eu complicité est une faute qui consiste à croire que tout les proches sont forcément coupables de celle-ci. Ce qui serait un déni du droit libéral au profit d’un droit et d’une morale totalitaire car totalisante c’est à dire amalgamante. Nul ne peut croire qu’il ne puisse pas être trahi par un proche.Ni vous, ni moi.

Mon analyse ne concerne pas plus Hollande que Sarkozy ou Chirac. Elle argumente selon des principes de philosophie politique et éthique universels.


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