Le défit écologique

La question du "mur écologique" est la question la plus redoutable qui est posée au capitalisme pseudo-libéral actuel.

On peut à cet égard être tenté d’y répondre d’une manière politiquement anti-libérale, au sens de Hans Jonas (cf: "le principe de responsabilité"), par la mise en place d’un gouvernement de technocrates qui par la peur panique qu’il susciterait, face à la menace "scientifiquement" démontrée, imposerait des mesures de limitation de la consommation en s’appuyant sur un principe de responsabilité culpabilisante qui ferait de la précaution anti-technologique et anti-progrès industriel une religion universelle, comme religion de la nature resacralisée.

On peut -et c’est mon cas- considérer avec Stuart-Mill que dans un société post-industrielle d’autre désirs plus soucieux des grands équilibres, une régulation de la liberté d’entreprendre soit acceptée après avoir fait l’experience de l’impasse liberticide, voire mortelle d’une liberté consommatrice, sans limite ni règles écologiques .

Et je vais vous dire: avant d’en arriver là, il faudra que la majorité face l’expérience d’un risque extrême et de catastrophes présentes, en espérant qu’elle ne soient pas définitives.

La liberté ne se régule que face au danger vécu ici et maintenant. On peut le regretter mais c’est la condition pour changer nos désirs qui pourraient progresser à l’infini hors de la seule consommation coûteuse en ressources non renouvelables et en déséquilibres écologiques insupportables.

Nous rentrerons nécessairement dans la seule forme de libéralisme possible: celui d’un libéralisme tempéré par le souci de préserver ce bien commun qu’est la survie de notre espèce. En sachant que cette tempérance passera par une régulation mondiale (qui commence à exister en idée et en décisions sporadiques) et non pas nationales, sur fond d’"acceptance" générale produite tout la fois pas les prévisions des spécialistes et l’expérience catastrophique vécue.

L’histoire est ainsi faite qu’elle avance par le malheur prévisible, validé par l’expérience présente. de ce point de vue la capitalisme sauvage sera rejeté comme anti-libéral et mortifère.

Je ne résiste pas au désir de vous citer le texte de Stuart-Mill auquel j’ai fait référence:

"La solitude, dans le sens d’être souvent isolé des autres, est essentielle à la profondeur de la méditation ou du caractère ; et l’isolement en présence de la beauté et de la splendeur est normalement le berceau des pensées et des aspirations qui sont non seulement bonnes pour l’individu, mais sans lesquelles la société pourrait être défectueuse vis-à-vis des autres sociétés. N’y a il pas beaucoup de satisfaction à contempler le monde sans autre mouvement que l’activité spontanée de la nature ; chaque détérioration de la terre est introduite par la culture, qui est capable de produire la nourriture pour les êtres humains ; chaque prairie fleurie ou pâturage normalement labouré fait disparaître tous les quadrupèdes ou oiseaux qui ne sont pas domestiqués pour l’usage de l’homme en tant qu’il sont ses rivaux pour la nourriture, chaque bordure de haies où l’arbre superflu est déraciné, supprime l’endroit où un arbuste ou une fleur sauvage pourraient se développer sans risquer d’être anéantis, dès lors qu’elle est considérée comme une mauvaise herbe au nom de l’amélioration de l’agriculture. Si la terre doit perdre cette grande partie de son agrément qu’elle doit aux choses que l’augmentation illimitée de la richesse et de la population extirpe d’elle, dans le seul but de lui permettre de soutenir une plus grande, mais ni meilleure ni plus heureuse population, j’espère sincèrement, pour la postérité, qu’elle les populations seront se satisfaire de rester stationnaires, longtemps avant que la nécessité les contraigne de le faire" (texte de 1848 tiré de l’ouvrage: "les principes de l’économie" introuvable en France et en version française ; ce qui est proprement sacandaleux !) texte admirable d’intelligence de l’avenir, sauf que, sur le dernier point, je sois moins optimiste que lui.

Stuart-Mill pense que la recherche du bonheur ne réside pas essentiellement dans la consommation, mais dans la qualité des relations personnelles (sympathie, amitié, amour) que nous entretenons aux autres, dont la consommation n’est qu’un mode d’expression insuffisant, car au bout du compte frustrant.

Lorsque, en effet, nous serons confrontés à cette frustration croissante provoquée par la course infinie et frénétique à des biens ou objets de distinction sans cesse obsolète et rapidement disqualifiés (un objet désiré n’est plus désirable dès lors qu’on le possède et sa symbolique autovalorisante est rapidement neutralisée ou stérilisée), nous serons tournés vers d’autres formes plus authentiques de désir d’être et d’agir ; désirs éthiques, esthétiques, créatifs, contemplatifs et dit-il spirituels. Lorsque nous serons gavés de richesses dont la valeur qualitative en terme de bonheur réciproque dans la reconnaissance et d’émotions partagées s’éteindra, alors le sens que nous donnons à notre existence désirante changera d’objectif de et de formes.

Je ne suis pas aussi optimiste que lui: il faudra des désillusions profondes et catastrophiques pour convertir notre désir et le raisonner afin d’exiger démocratiquement de soumettre le capitalisme débridée à des normes internationales limitatives (ex: Kyoto) protectrices de l’environnement et des conditions d’un bonheur nous apparaissant comme supérieur.

L’expérience du malheur est la condition de tout progrès vers le réorientation de notre désir de bonheur avec les autres et notre environnement. Mais elle peut aussi bien nous faire disparaître sans retour, sans la condition d’une prise de conscience politiquement efficace qui agirait en amont du désastre annoncé. Ceci dit, toute action contre la possibilité du désastre et/ou le désastre vécu pour le réparer, si c’est encore possible, sera aussi technologique ou ne sera pas. La fin du progrès technologique n’est pas pour demain, ou alors il n’y aura plus de lendemain.

le capitalisme peut très bien se redynamiser par le marché de l’écologie, à condition que les puissances publiques internationalisées et la politique mondiale reprenne ses droits pour réguler l’économie de marché.


Le 24/02/07

Textes de Stuart-Mill publiés sur mon site


L'illusion naturaliste

Retour à la page d'accueil